"Enracinés" contre "nomadistes". C’est la nouvelle dialectique à moins d'un mois des européennes.

L’édito politique, avec vous Yael Goosz. De Chambord à Versailles, en passant par Notre-Dame, le patrimoine comme arme politique, Emmanuel Macron cherche l’enracinement. 

Et vous auriez pu citer aussi le Louvre, où nos ministres de la culture (Franck Riester) et des affaires européennes (Amélie de Montchalin), reçoivent cet après-midi leurs homologues venus de toute l’Union européenne. Conférence qui commencera par la projection d’un film sur l’incendie de Notre-Dame, puis session de travail pour « réfléchir collectivement aux moyens de mieux préserver le patrimoine européen ».

Ce patrimoine, dans lequel Emmanuel Macron aime se fondre, se mettre en scène. Hier, c’était Amboise et Chambord. Pour célébrer la mémoire du plus grand génie européen de La Renaissance, Leonard de Vinci. Renaissance, qu’il célébrait déjà dans sa lettre aux Européens début mars, et qui est aussi le nom de sa liste pour les élections le 26 mai. 

La diplomatie des vieilles pierres et des châteaux. Constante du quinquennat. Des paroles aux actes. Déjà en 2015, jeune ministre, Emmanuel Macron théorisait « le vide » laissé par la mort du roi, « l’incomplétude de la démocratie ». Alors, il lui faut des châteaux sur la photo. Versailles n’a jamais autant servi de décor. Pour accueillir Poutine, l’empereur japonais ou des grands patrons. Chambord ? Il y a déjà passé un week-end en famille fin 2017 juste avant Noel. 

Un moyen pour lui de cultiver une forme d’enracinement ?

Oui, casser l’image du jeune libéral entré à l’Elysée par effraction… Compenser sa jeunesse par le récit national et l’inscription dans une lignée. De « l’art d’être français », il en parlait la semaine dernière dans sa conférence de presse. Marine Le Pen l’accuse d’être un « nomadiste », déraciné, hors sol. Hier à Amboise, c’est par l’héritier des rois de France, Jean d’Orléans, que le couple présidentiel a été accueilli.

L’intuition politique d’Emmanuel Macron, c’est aussi que la France penche franchement à droite… Et toutes ces cartes postales sont postées à dessein. Au moment où le camp conservateur retrouve une raison d’être autour de l’intellectuel et tête de liste François-Xavier Bellamy. Plus que son programme, c’est sa capacité à rendre moderne une certaine idée du conservatisme, qui séduit son camp. Jusqu’à Michel Barnier, qui vient de se rallier à son panache. Emmanuel Macron l’a parfaitement saisi. Il veut se montrer enraciné. Enjeu électoral, aussi. Garder le lien avec ce peuple de droite qui a perdu sa boussole en 2017. 

Mais chassez le naturel, il revient au galop… 

Sur Notre-Dame, le Président marche sur un fil. Autant il a parfaitement capté et accompagné l’émotion nationale dans les heures qui ont suivi l’incendie. Autant sa loi Notre-Dame, actuellement débattue en commission à l’Assemblée, porte en elle les germes d’une nouvelle querelle bien française entre Anciens et Modernes. 

Cinq ans pour reconstruire, mais avec une flèche pas forcément à l’identique. Excès de vitesse ? Procès en mégalomanie ? Il n’en fallait pas plus pour se mettre à dos des centaines, d’architectes, conservateurs, qui ont signé une tribune très sévère dans le Figaro lundi. 

Emmanuel Macron se heurte une nouvelle fois aux corps intermédiaires, ceux de la culture. Pris entre deux injonctions contradictoires : le temps long du récit national, et l’urgence des résultats. Nicolas Machiavel, contemporain de Leonard de Vinci, a écrit ceci : « Le temps n’attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable ». Il n’y a ni ancien ni nouveau monde dans l’exercice du pouvoir.  

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