**La Corse, l’un des deux bastions avec l’Alsace encore détenus par la majorité, pourrait basculer à gauche aux élections régionales. Et ce serait un mauvais signal envoyé à Nicolas Sarkozy, champion toutes catégories des visites dans l’île, une trentaine en huit ans, c’est le record à battre. Pour bien comprendre ce qui se passe en Corse, tendez l'oreille, c’est aussi compliqué qu’une histoire de famille. Ce que tout le monde a oublié est que l’UMP a dirigé la collectivité territoriale de Corse, alors qu’elle était minoritaire en 2004. La gauche victorieuse s’était alors divisée. La faute aux frères ennemis du nord: Emile Zuccarelli, maire de Bastia, et Paul Giaccobi, un nom qui vous est familier, je vous dirai pourquoi, député et président du Conseil général de Haute-Corse. Tous les deux sont des héritiers, leurs pères ont été des ténors politiques, tous les deux sont membres du PRG, le Parti radical de gauche, et pourtant ils se détestent cordialement. C'est un autre héritier, celui du sud, Camille de Rocca Sera, député UMP et maire de Porto-Vecchio, qui a profité de leur division pour s’emparer du pouvoir. La droite était donc championne par défaut ?Les électeurs qui ont voté majoritairement à gauche se sont retrouvés avec une assemblée de droite. Ce qui est une conception très particulière de la démocratie locale. Cette année, les choses ont un peu évolué. La gauche va au combat, toujours en ordre dispersé, avec quatre listes sur les onze en compétition. Mais les uns et les autres ont juré qu’ils fusionneraient entre les deux tours pour vaincre l'UMP, qu’un récent sondage donne archi-battue. Celui qui revendique le leadership à gauche est donc Paul Giaccobi. Mais oui, ce nom vous parle: c’est celui qui a failli devenir ministre d’ouverture l'an dernier en juillet, espoir envolé quand Nicolas Sarkozy a été victime d’un malaise. Depuis, Monsieur Paul a entretenu le mystère, en gardant un lien étroit avec l’Elysée. Le scénario imaginé par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant était une alliance avec Camille de Rocca Sera. Mais Paul Giaccobi, pressé par les siens, a répété à qui voulait l’entendre qu’il remporterait ces élections en restant à gauche. La messe est dite en Corse ?Oui. Et non. La politique chez nous, c’est un peu un sport national, explique le communiste Dominique Bucchini, tête de liste du Front de gauche, qui rappelle que les Corses adorent la politichella… La petite politique, celle qui agace mais fait l’objet de toutes les conversations passionnées. Il y a un phénomène nouveau : les nationalistes modérés cartonnent! La liste de Jean-Christophe Angelini, et de Gilles Simeoni, le fils du nationaliste historique Edmond Simeoni, encore un héritier, pèserait plus de 15%. Les nationalistes pourraient bien être les arbitres du scrutin. Mais qui va vouloir s’allier avec eux... Le chef de l'Etat s’est récemment rendu à Ajaccio, pour y faire des annonces présidentielles très écolo. Et a affirmé dans la foulée : c’est moi qui fait la campagne de l’UMP en Corse. Cette énième visite est visiblement restée sans effet, au vu des sondages. L’Ile de Beauté va-t-elle tourner le dos à Nicolas Sarkozy ? Bizarrement, l’un de ses très proches collaborateurs a confié récemment, avec le sourire : « patience, vous verrez entre les deux tours ». Comme s’il y avait un accord clandestin qui prendrait tout le monde de court et ferait mentir, une fois de plus, le vote majoritaire. Cette omerta élyséenne trouvera sa réponse dans une quinzaine de jours, dans le maquis politique insulaire.**

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