Vous pointez une urgence politico sanitaire. C’est-à-dire ?

Imaginez le désastre politique… si nous étions encore dans cette situation sanitaire après l’été. C’est-à-dire au début d’une année présidentielle ? Attention, l’esprit partisan est un facteur de comorbidité démocratique. Déjà, les oppositions ont une attitude de critique absolue, générale et systématique. Chacun voit que la Covid écrase toute autre actualité et que c’est sur ce thème qu’il convient de se différencier de l’exécutif. Ça donne des prises de positions erratiques, contradictoires ou incompréhensibles, à droite et à gauche, comme dernièrement celles de la mairie de Paris. Il est facile pour les oppositions, sur des sujets à répercussions très concrètes et immédiates sur la vie des Français et qui provoquent, dés lors, des réactions épidermiques dans la population, de jouer sur l’énervement et l’impatience générale. L’approche de la présidentielle rend inévitable une exploitation malsaine de la situation.  

Mais la perspective du scrutin n’a pas que des effets sur l’attitude des oppositions. 

Non, il y a aussi un impact sur des décisions gouvernementales. Il faut certes trouver le difficile équilibre entre libertés habituelles et contraintes sanitaires mais surtout (dans la course contre les variants) s’assurer que la logistique de la vaccination est en place. Seulement la campagne de vaccination commence par un ratage. C’est lent, ça reste lent. La raison n’est pas que le manque de doses. En décidant de confier aux généralistes le soin de vacciner avec les produits qu’ils peuvent manipuler (comme l’Astra-Zeneca), le gouvernement a voulu associer les médecins de ville. C’était une demande forte. Mais, visiblement, pour des raisons pratiques et parce qu’il ne semble pas si facile de changer les routines des généralistes, ceux-ci n’agissent pas avec la promptitude espérée… et de nombreuses doses restent chez les pharmaciens faute de commandes de leur part. La perspective des élections et la volonté de ne pas se mettre à dos une corporation influente et relais d’opinion ont été déterminantes dans la décision de ne pas recourir aux vaccinodromes (comme contre le virus H1N1, ce qui avait rendu furieux les médecins). On sait maintenant que passer par les médecins de ville pour opérer une vaccination de masse en urgence n’est pas une bonne idée. L’approche de l’élection a été mauvaise conseillère. Il reste à espérer que, comme pour les masques et les tests (très mauvais départ, puis bonne vitesse de croisière), le diesel gouvernemental finisse par booster la vaccination, seul véritable moyen de nous sortir de cette situation sanitaire et de basse intensité démocratique avant septembre prochain où nous entamerons la période pleinement électorale…  Période pendant laquelle, pour le coup, il sera impossible de démêler les raisons sanitaires ou partisanes de la moindre prise de position des candidats. La présidentielle 2022 serait quand même plus enrichissante si le thème central était : quel monde d’après, quelle économie d’après, quel Etat d’après ! Plutôt que : faut-il un passeport vaccinal ? Ou faut-il un couvre-feu, un confinement, tout rouvrir ? Le débat politique est un patient à risque, vaccinons-nous vite ! Vaccinons-le vite ! 

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