Face à la crise, le Président de la République se montre volontiers « pragmatique ». C’est le mot qu’il utilise et que ses partisans utilisent beaucoup en ce moment à son propos! Oui, alors là avec «pragmatique» nous avons le mot magique. C’est de la politique brute ! Celle que Nicolas Sarkozy préfère, c'est-à-dire celle de l’action sensée être libre de toute idéologie. D’ailleurs pragmatisme vient de « pragma », «action» en grec, et l’action n’est-elle pas la drogue du Président? Et puis, rien de plus pratique, quand les idées desquelles vous vous réclamiez s’avèrent inapplicables et qu’il n’est pas question d’assumer un retournement, une virevolte honteuse, que d’afficher son « pragmatisme ». François Mitterrand l’a fait en son temps. On peut vous reprocher de trahir vos promesses mais personne ne vous en voudra d’être pragmatique! Le pragmatisme, en plus d’être un édit que les autorités locales de l’ancien régime promulguaient pour régler dans le sens de la logique les conflits entre nobliaux de province, le pragmatisme de notre temps est le masque glorieux de la débrouille au pouvoir, de la politique au jour le jour par temps de brouillard. Si l’on se réfère au Petit Robert, on trouve ceci : « Doctrine qui donne la valeur pratique comme critère de la vérité » ce que l’on pourrait paraphraser par : « ça marche donc c’est bien ». Une fois qu’un homme politique a dit ça, il a relégué ses propres idées au second plan. Oui… Mais Nicolas Sarkozy dit qu’il est pragmatique parce que c’est la crise… C’est un état exceptionnel et temporaire (relance éric delvaux) C’est vrai mais ça n’en est pas moins un aveu d’échec. Généralement quand on défend une politique économique on ne dit pas « ma politique n’est bonne que s’il y a de la croissance et que tout va bien », on dit « ma politique résiste à la crise et même elle en attenue les effets ». Si Nicolas Sarkozy a finalement recours aux emplois aidés, s’il renonce à privatiser la poste et s’il offre à une droite qui a le tournis, l’os du travail du dimanche à ronger, c’est bien après avoir constaté l’échec de ses solutions initiales. On appellera ça du pragmatisme comme on dit « mal entendant » au lieu de sourd. Le pragmatisme c’est le cache sexe du virage sur l’aile. C’est par pragmatisme que Lionel Jospin a privatisé, que Bertrand Delanoë installe des caméras de surveillances dans Paris. Quand on invoque le pragmatisme, on flatte l’électorat que les politologues d’autre fois appelaient le « marais », les indécis, le fantasme du « ni droite ni gauche » du « je prends ce qu’il y a de mieux à droite et de mieux à gauche ». Ce n’est pas glorieux mais finalement c’est moins risqué que les grandes ambitions qui peuvent mener aux grandes déceptions ! Cette pensée du « bon sens pratique et des pieds sur terre » est celle que les publicitaires (qui font désormais office de premiers conseillers du Président) voudraient promouvoir par les temps qui courent. Le pragmatisme est donc l’abandon de toutes ambitions d’envergure? (éric delvaux) En réalité oui. Oubliée la fameuse et éphémère « politique de civilisation » lancée en janvier dernier. Mais, grâce au miracle d’une bonne communication et un sens politique aigu, le Président pourrait faire passer ce qui relève de la navigation à vue dans un océan désidéologisé pour un grand dessein : et ça pourrait s’appeler le Gaullisme! Le gaullisme n’est ni libéral ni étatique, à moins qu’il soit libéral et étatique. Ni de gauche ni droite ou plutôt de droite, mais populaire et à la fois . Bref, tout donc rien ou le contraire, mais grand ! Très français ! Le gaullisme de temps de paix, c’est le pragmatisme avec des grands gestes et du volontarisme. Nicolas Sarkozy avait l’habitude de dire à ses débuts qu’il était de « droite avant d’être gaulliste » On peut constater avec ses incessants et dévots voyages à Colombey-les-Deux-Eglises ou au mémorial du général - et surtout avec son bon usage du pragmatisme qu’il n’aura pas mis longtemps à inverser.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.