**Ce matin dans votre édito, vous revenez sur la fronde à droite !Oui, et dans ces cas là (c’est un peu toujours pareil), il y a deux façons de voir les choses. Soit on se moque et l’on dit c’est le désordre dans la majorité (ce n’est pas faux mais une fois qu’on a dit ça on a rien dit de passionnant). Soit on constate avec soulagement que le Parlement vit encore puisque la fronde peut être aussi vue comme, un débat…enfin des parlementaires de la majorité qui ont décidé d’exister et de délacer leurs gros godillots. Mais on va pouvoir bientôt savoir où est la vérité. Pugilat ou vrai débat ? Le Parlement a t’il vraiment plus de pouvoir qu’avant, comme le prétend l’exécutif ? Ou bien, au bout du compte, comme pour les exceptions au bouclier fiscal, comme pour la taxe carbone, comme pour la loi HADOPI, les parlementaires vont-ils s’empresser, au coup de sifflet du Président, de refaire un double nœud à leurs grosses chaussures de bons petits soldats ? On sera bientôt fixé. Si tous les députés et tous les sénateurs pouvaient voter selon leurs consciences, sur les conditions proposées pour la suppression de la taxe professionnelle, tout le monde sait qu’il y aurait une majorité pour s’y opposer ou sérieusement l’amender. Si, au bout du compte ce n’est pas le cas, si des amendements importants ne sont pas intégrés par le ministre du budget, il ne faudra plus laisser Jean-François Copé parler « d’hyper Parlement » ou de « coproduction législative » et il faudra rayer, sur la liste des promesses tenues par le Président, la ligne « revalorisation du Parlement ». Ce débat c’est aussi le retour DES droites !Oui, on retrouve dans ce débat une vielle distinction au sein des droites. Distinction que l’on aurait pu croire disparue avec l’avènement de L’UMP, grande formation de la droite unifiée et moderne. C’est le réveil de René Rémond. On retrouve donc les traces d’une droite bonapartiste, colbertiste et centralisatrice, contre une droite orléaniste et décentralisatrice. La fin de l’affichage libéral –du fait de la crise- permet à la première droite, celle du capitalisme d’Etat d’exceller dans la réforme (mais le maintien) des structures de l’interventionnisme : grand emprunt, la maitrise depuis Paris des cartes militaires, hospitalières, judiciaires, du découpage électoral autoritaire et… aujourd’hui, la refonte des collectivités locales et de la fiscalité locale. Alors modifier les structures, les compétences et les modes de représentation des départements et des régions ne veut pas forcément dire que l’on veuille rompre avec le mouvement de démocratisation locale initié par Pierre Mauroy au début des années 80, mais, décider que l’on réforme la fiscalité locale, c'est-à-dire les conditions de ressources des collectivités, avant de discuter de ce que seront les territoires, c’est mécaniquement la preuve d’une tentation de recentralisation. Tous se passe comme si l’on voulait revenir à la déconcentration (c'est-à-dire allonger et muscler le bras de l’exécutif) plutôt que de développer la démocratie locale. Pourquoi pas un retour au bon vieux plan quinquennal pendant qu’on y est… Face à cette tentation, la droite des régions et départements (celles des barons locaux ou celle de la proximité selon qu’on aime ou pas) se rebiffe. Il est assez significatif de constater que celui qui mène la fronde (ou le débat) dans la majorité est Jean-Pierre Raffarin, celui là même qui, il y a deux semaines posait publiquement la question pertinente du déséquilibre institutionnel dû à une trop grande concentration des pouvoirs à l’Elysée. La façon de gouverner de Nicolas Sarkozy (le fait d’ailleurs de gouverner plus que de présider) est de plus en plus contestée dans ses propres rangs. C’est ça, sans doute, le fait politique dominant de cette mi-mandature.**

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