Vous revenez ce matin sur la condamnation unanime de la classe politique de l'incendie criminel contre Charlie Hebdo.

Oui, la défense de la liberté de caricaturer progresse parce que l’unanimité est complète pour condamner les agresseurs du journal satirique, même s’il y a, dans ce panel de réactions, toutes sortes de motivations. Ce n’était pas tout à fait le cas, il y a six ans au moment du procès des caricatures de Charlie Hebdo. Souvenez-vous à l’époque de nombreuses personnalités de tous bords considéraient encore que la publication des caricatures de Mahomet s’apparentait à une stigmatisation. Cette fois-ci on entend beaucoup moins le « je condamne mais… » ; Ce « mais » qui recèle toute l’ambiguïté, toute la démission, toute la soumission à la victimisation que savent si bien manier les fondamentalistes de tous poils. La condamnation unanime représente donc une bonne surprise parce que depuis quelques années un mot s’est installé dans le débat public. Un mot facteur de confusion : « l’islamophobie ». Ce mot, dont l’origine est très débattue, est utilisé à tort et à travers par ceux qui considèrent que l’on ne doit pas trop critiquer ou rire de certains aspects de l’islam. L’intellectuel Pascal Boniface, hier sur le site internet Atlantico reprochait à Charlie hebdo, sans toute fois reprendre le mot « islamophobie », de stigmatiser une minorité. Ce reproche vise à faire de ce journal le suppôt d’une prétendue majorité culturelle, qui s’attaquerait à une minorité fragile ! Pour Pascal Boniface, se moquer de l’obscurantisme de certains musulmans serait une forme de discrimination. Il suffit de connaître Charb, Riss, Cabu et les autres, de les lire depuis des années pour comprendre à quel point cette accusation est, au mieux, d’une abyssale bêtise… Charlie Hebdo, dans une tradition bien française, s’amuse aussi largement de la religion catholique et de son clergé. C’est un journal libre penseur.

En écho à ce mot « d’islamophobie », on a vu aussi apparaître celui de « christianophobie » lors des manifestations de catholiques intégristes contre une pièce jouée ces jours derniers au théâtre de la ville, à Paris.

Oui parce que les musulmans ne sont pas les seuls à avoir la malchance d’avoir en leur sein des fondamentalistes obtus. L’islamophobie ne veut rien dire, tout comme la christianophobie. Ce mot est construit sur le mode de l’homophobie, la germanophobie ou toute autre phobie identitaire. L’islam ou le catholicisme sont des religions, pas des identités. Il existe, c’est vrai, en France et ailleurs des musulmanophobes. Ça n’a rien à voir… ce sont des racistes qui détestent non pas une religion mais une communauté. L’antisionisme, n’est pas l’antisémitisme, les anticléricaux du début du siècle n’étaient pas des racistes non plus. La critique de la religion, souvent comme pouvoir ou force politique, de n’importe quelle religion, de ses dogmes des ses idées, ne peut pas être assimilée à une quelconque stigmatisation. C’est en cela que l’on peut être atterré de la réaction du président du conseil français du culte musulman, Mohamed Moussaoui, qui disait hier que : « caricaturer le prophète reste inacceptable ». Cette phrase est un non sens, juridique et politique. La caricature est un droit, le blasphème est absolument sans existence juridique. Rire des dieux et de ceux qui prétendent les représenter sur terre, ce n’est pas stigmatiser ceux qui y croient… mais c’est rire des puissants, rire de ceux qui ont de l’ascendant sur les autres… c’est donc tout ce qu’il y a de plus démocratique.

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