Après la visite de François Hollande sur les lieux du double meurtre d’Echirolles, peut-on dire que le Président fait du Sarkozy ?

Il faut distinguer le son et l’image! Pour ce qui est de l’image, les similitudes sont frappantes. Mais François Hollande avait mis comme priorité de sa campagne, la jeunesse. Sa visite après ce drame spécifique est donc logique, dans la norme, non pas sarkozienne mais présidentielle. Jacques Chirac ou François Mitterrand auraient sans doute fait de même. Mais c’est vrai, consciemment ou non, François Hollande reprend la geste de son prédécesseur. Alors comparons… Un fait-divers sanglant et particulièrement odieux avant 2012 : Nicolas Sarkozy se rend sur place pour affirmer que toute la rigueur de la loi doit s’appliquer… et même pour annoncer une nouvelle loi, plus sévère… Puis, la population, l’interpelle. Les mots ne sont pas tendres et le président Sarkozy répond, montre qu’il est courageux, qu’il se coltine la violence des quartiers ou la violence sociale. Du moins au début de son mandat. C’est une affirmation d’autorité un peu cow-boy. Dans un deuxième temps, il y a une série d’arrestations largement médiatisées. Les caméras sont là ou il faut, à l’heure dite. Mais quelques jours après le coup de filet, quasiment tout le monde est relâché, faute de preuves parce que l’interpellation s’est déroulée trop rapidement, avec l’impression que le timing résultait plus d’une exigence médiatique que d’une enquête approfondie. Reprenons donc le déroulé. Nous sommes cette fois sous l’ère Hollande et survient un fait divers particulièrement odieux !

Et François Hollande se précipite comme Nicolas Sarkozy !

En fait, il ne se rend pas sur les lieux juste après le drame mais juste avant l’arrestation des suspects. Une vague d’arrestations, d’ailleurs tout aussi outrageusement médiatisées. On ose espérer cette fois-ci que le Président est venu à ce moment là parce qu’il y allait avoir ce coup de filet nécessaire à l’enquête, et non pas le contraire, c'est-à-dire que le coup de filet a eu lieu parce que le président est venu (les prochains jours nous le diront). Donc, là où Sarkozy aura paru agressif, clivant et finalement inefficace, Hollande veut incarner une autorité ferme mais bienveillante, apaisante et efficace. Pour ce qui est de l’efficacité, il est bien sûr trop tôt pour juger. La population l’interpelle. Les images sont saisissantes de similitude avec celles de Sarkozy à Argenteuil en 2005. Souvenez-vous de « racaille », Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur mais cette image le suivra à l’Elysée et il l’entretiendra. La personne qui harangue François Hollande, lui réclame plus de sécurité et lui dit aussi qu’elle a voté pour lui. Il y a moins de tension. La réponse du président est apaisante et à la fois sans vraiment d’importance, d’ailleurs à l’inverse de « racaille », on l’a déjà oubliée. La séquence d’hier est donc de facture sarkozienne dans la forme mais hollandaise pour le message politique. Ce qui avait été reproché à Nicolas Sarkozy n’était pas tant son omniprésence que la rafale d’annonces sans suite qui l’accompagnait. Si l’insécurité avait baissé pendant son quinquennat personne n’aurait pu reprocher la mise en scène, l’utilisation du coup de menton et du pathos. Même avec des différences de fond, la communication spectaculaire de François Hollande et de Manuel Valls sur ces questions sera sévèrement jugées, et à juste titre, s’il n’y a pas vraiment et rapidement une amélioration de la sécurité dans ces quartiers.

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