Marine Le Pen promet donc de poursuivre en justice tous ceux qui qualifieront le FN de « parti d’extrême droite »…

Oui, poursuivre des journalistes pour le contenu de leurs analyses, c’est déjà, en soi, un élément qui permet de qualifier un parti d’extrémiste… donc je crois que nous arriverions assez armés devant la 17ème chambre du TGI de Paris. Ce ne sont pas les étiquettes des partis ni les affirmations tactiques d’autodéfinition de leurs dirigeants qui déterminent forcément la réalité de leur positionnement. Ou alors il y aurait des élections en République démocratique de Corée du Nord et les radicaux de gauche seraient plus à gauche que le PCF. Le positionnement politique se juge par rapport à l’ensemble du paysage politique. Les responsables politiques peuvent toujours se choisir des étiquettes à base de « républicain, de démocratique, d’uni, de front, de national, de gauche ou de droite »… c’est le contenu de leur programme et la réalité de leurs alliances qui les positionneront sur le spectre politique. C’est comme chez Spanghero, ce n’est pas parce qu’il y avait marqué « pur bœuf » sur la boîte qu’il n’y avait pas autre chose dedans. Il faut regarder dans la boîte des partis pour pouvoir les qualifier.

Pourquoi, alors qu’il semble se recentrer, peut-on toujours dire que le FN est « d’extrême droite ? »

La question se pose en effet puisqu’on ne dit pas, par exemple, que le Front de Gauche (de l’autre côté de l’échiquier) est un mouvement d’extrême gauche ! Il est convenu de dire que le Front de Gauche fait parti de la mouvance dite « de la gauche de la gauche »… alors que l’extrême gauche est représentée plutôt par Lutte ouvrière ou le NPA. La différence avec le positionnement du FN est claire. Le Front de gauche peut gouverner avec d’autres partis politiques. C’est le cas dans les collectivités locales. Ça pourrait être le cas au gouvernement dans d’autres circonstances. En réalité, la tradition en France, c’est de qualifier d’extrémistes ceux qui sont isolés (même s’ils sont puissants) aux marges du spectre politique et qui, pour des raisons de compatibilité républicaine ne peuvent s’allier avec d’autres partis de plus modérés qu’eux. Le FN reste (pour l’instant) un parti d’extrême droite, tant idéologiquement que par sa position au bout du bout de l’axe gauche-droite. Rappelons qu’à la glorieuse époque de Jean-Marie Le Pen, la moitié du groupe parlementaire FN de 86 était ouvertement révisionniste, des zélateurs de Pétain étaient à la direction du FN ; on trouvait, sur les étales des fêtes bleu-blanc-rouge des livres à la gloire de la division Charlemagne (c’était il n’y a pas si longtemps)… Marine Le Pen peut se dire républicaine et laïque, elle ne pourra pas empêcher (par exemple), que son programme d’instauration du droit du sang en matière d’acquisition de la nationalité la place à la marge de la sphère républicaine. L’absence de reniement des propos de son père (qui reste toujours président d’honneur du FN) nuit à la sincérité de sa conversion. En créant le FN en 1972, Jean-Marie Le Pen avait décidé que l’extrême droite devait renoncer à la violence politique pour arriver au pouvoir. Il la faisait entrer dans le jeu de la démocratie. En s’affirmant laïque à tout crin, Marie Le Pen fait juste un pas stratégique de plus : faire passer l’extrême droite par les canons de la république. Ceux qui sont chargés d’analyser et de qualifier le FN ne sont pas obligés de tout gober. Donc à moins d’une vraie révolution culturelle, idéologique et programmatique le FN est toujours un parti d’extrême droite.

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