Ce matin, vous évoquez un grand doute qui s’empare de la classe politique à propos de nos institutions.

Oui, vous avez entendu sur notre antenne hier, le pourtant très gaulliste François Fillon, en convenir… il faudrait –disait-il- modifier nos institutions pour adapter notre façon de gouverner aux exigences d’aujourd’hui. Que l’on soit pour une plus grande libéralisation de notre économie, ou pour un retour des protections, une refondation de notre modèle social, une transition énergétique radicale, un bouleversement de notre système fiscal, bref pour faire enfin bouger les choses, il faut d’autres institutions, ou une Vème République très remaniée. Quasiment tous les responsables politiques, constatant leur impuissance, le disent avec conviction, sur le ton de l’évidence, quand les micros sont éteints. Ils en conviennent sans pour autant rien envisager quand les micros sont ouverts, comme hier avec François Fillon. Certains commencent à prendre des positions publiques plus audacieuses. Claude Bartolone par exemple estime qu’il faut supprimer le poste de Premier ministre et couper le cordon ombilical entre l’exécutif et le législatif, qui déresponsabilise le parlement. Ou Jean-Luc Mélenchon, qui a repris le flambeau de la réflexion sur la VIème République abandonnée par Arnaud Montebourg. On ne compte plus les tribunes, les articles de professeurs de droit public qui détaillent les raisons de l’obsolescence de nos institutions, et en particulier du caractère impotent du président de la République.

François Mitterrand avait d’ailleurs prévu la fin de cette fonction !

Oui, il était assez visionnaire, lui qui l’a occupée pleinement, après l’avoir tant critiquée. Christian Salmon rappelle, dans son dernier livre, intitulé Les derniers jours de la Vème République , cette phrase de François Mitterrand à la fin de sa vie : « Je suis le dernier des grands Présidents. Après moi, il n’y en aura plus d’autres en France, à cause de l’Europe, à cause de la mondialisation, à cause de l’évolution nécessaire des institutions. Dans le futur les présidents seront des comptables . » François Mitterrand aurait pu ajouter, (mais il ne savait pas) à cause d’Internet, de la tyrannie de la transparence, de l’accélération de l’information… Le président de la République, clef de voute des institutions, seul détenteur de tant de pouvoirs formels mais dépossédé de vrais pouvoirs, économiques notamment, n’est plus adapté à l’époque. L’a-t-il seulement été un jour pour une démocratie adulte ? Il faut relire une prédiction plus fondamentale d’un homme qui n’a jamais voulu se présenter à l’élection présidentielle, pour mettre en cohérence ses paroles et ses actes (une hérésie semble-t-il, en Vème République) c’est, bien sûr Pierre Mendès France qui écrivait en 1976 : « Choisir un homme, fût-il le meilleur, au lieu de choisir une politique, c’est abdiquer. Encourager la Nation à croire que tout sera résolu par un homme, sans qu’elle intervienne elle-même, c’est donner aux mauvais politiciens une chance inespérée ». Il faudrait que les présidentiables de 2017 méditent cette phrase et aient le courage de proposer une réforme profonde des institutions… Autant demander de faire demi-tour à un marathonien au 41ème kilomètre.

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