L’exécutif doit faire face à une grave manifestation de défiance de la part des élus locaux…

Oui, les associations de maires, d’élus régionaux et départementaux sont révoltées par la politique de restriction budgétaire, la baisse des emplois aidés et la politique du logement. Ce qui les choque, ce sont les décisions unilatérales de coupes de crédits promis par la précédente majorité ou en cours d’exécution. Des maires expliquent qu’ils ne pourront pas financer des projets déjà entamés. Certaines villes défavorisées vont devoir faire des choix drastiques et couper, par exemple, comme me le précisait le maire d’une commune de Seine st Denis, dans le Programme Réussite Education, qui lutte contre l’échec scolaire. Ce qui déstabilise le plus les élus, c’est que le candidat Macron avait promis de faire confiance aux territoires. Mais là, en matière de finances publiques, l’horizontalité ne semble pas de mise… la révolte des représentants d’élus gronde et la suppression d’une dotation promise aux régions par Manuel Valls, alors 1er ministre, est l’élément de rupture. Les représentants des collectivités locales entrent en opposition frontale avec Paris.

Bon, ça c’est le point de vue des élus locaux. N’en rajoutent-ils pas un peu ?

Sans doute… Il y a, chez les chefs d’exécutif locaux (surtout quand ils ont une dimension nationale), une propension à s’opposer à l’Etat central, à sur-jouer le terroir contre « ces gens de Paris qui ne comprennent rien ». Parfois on est en plein jeu de rôle. Ainsi Xavier Bertrand, président des Haut-de-France, qui a pourtant été ministre et dont le plus fidèle lieutenant, Gerald Darmanin, est devenu ministre du Budget (c’est à dire 1er responsable des grands malheurs des présidents de régions), s’étrangle devant l’action de l’Etat. Je n’ai pas beaucoup de certitudes s’agissant de l’attitude des politiques que j’observe depuis longtemps mais je peux vous affirmer que si les rôles étaient inversés (et ils auraient très bien pu l’être), si Xavier Bertrand était ministre du budget et Gerald Darmanin, toujours maire de sa bonne ville de Tourcoing, le 1er appellerait, avec les mêmes accents de sincérité, le 2nd à la responsabilité budgétaire alors que le 2nd fustigerait le ministre, forcément technocrate déraciné. Et ces 2-là, d’ailleurs, lorsqu’ils étaient dans l’opposition n’avaient pas de mots assez durs contre la majorité qui n’avait pas le courage de lutter efficacement contre les déficits publics. Le gouvernement est dans une situation d’autant plus inconfortable qu’il n’y a quasiment pas d’élus locaux LREM. Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir par le sommet. D’habitude un parti gagne d‘abord les élections locales, puis arrive au pouvoir, soutenu par un réseau d’élus de terrain qui agit comme autant de relais de la politique nationale sur tout le territoire. Là, il n’en est rien. Et, circonstance aggravante, LR et le PS, très présents dans les villes, régions et départements, comptent se refaire une santé sur le terrain, se poser d’abord localement en s’opposant à Paris ! La majorité vit une cohabitation horizontale : l’Etat contre les collectivités locales. Mais ces 2 échelons ont forcément besoin l’un de l’autre. Ne dramatisons donc pas parce qu’il se pourrait bien qu’au-delà des postures guerrières, des arrangements s’opèrent, au cas par cas, dans la relation permanente entre les élus locaux et les préfets représentant l’exécutif.

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