Donc, Gérard Collomb démissionne.

En refusant de rester encore quelques mois, comme le lui demandait Emmanuel Macron, Gérard Collomb fait un affront au président, lui impose ce qu’il déteste le plus : subir ! Il donne l’impression que les syndicats de police, l’opposition, la presse, bref des éléments exogènes, dictent l’agenda et les décisions présidentielles. La rumeur des commentaires disait que Gérard Colomb ne pouvait pas rester, qu’il avait la tête ailleurs... tous ses visiteurs remarquaient que le multi cumulard lyonnais parlait surtout de sa ville. Il devenait évident qu’il n’était plus à sa place. Mais pour le président, ce n’est pas à la rumeur de la ville de décider ! Raté. Il ne pouvait pas rester et c’est un péché d’orgueil présidentiel –et une mauvaise lecture de la constitution- que d’avoir cru qu’un refus de démission suffirait ! Cette façon d’insister pour que le ministre de l’Intérieur reste, juste pour ne pas donner l’impression de subir, fut une erreur politique. Gérard Collomb décrivait un Emmanuel Macron isolé, coupé des territoires. Il n’avait pas apprécié les 80 KM/H, ni que certains tentent de lui faire porter le chapeau de l’affaire Benalla... à vrai dire... tout ça démontre que ce notable, qui ne vit que pour Lyon, n’était pas à sa place au ministère de l’Intérieur, où il a d’ailleurs très rapidement épousé les positions classiques,  sécuritaires et corporatistes de la police. Il s’est laissé avaler par la logique de son administration et n’est pas apparu comme un ministre très politique. Un de ses collègues régaliens du gouvernement dit de lui que, comme tous ces grands élus qui ont régné sur leur mairie depuis des années, Gérard Collomb n’a pas l’habitude de ne pas tout maitriser ni de perdre, parfois, des arbitrages.

A quel point son départ fragilise E.Macron!

Les conditions de son départ entament l’autorité du président qui semble ne plus maitriser le cours des choses. Sans doute les critiques de Gérard Collomb sur l’isolement et le comportement du président seront corrosives pour la popularité déjà bien abimée du chef de l’Etat... Mais en réalité, Gérard Collomb, élu depuis 1977, qui a connu à peu près tous les mandats de la République, n’était pas ce que l’on pouvait appeler l’incarnation du renouveau macronien. Il a été utile au candidat pendant la campagne, au début, pour crédibiliser une démarche singulière et qui paraissait solitaire. Le maire tout puissant de la 2ème ville de France était une belle prise. Mais le ministre de l’Intérieur, à la diction hésitante, malgré son charme un peu suranné, n’apportait pas de supplément d’âme politique à cette équipe gouvernementale. Il ne représentait pas (comme Nicolas Hulot) un courant de pensée spécifique. Au sein du PS, ça faisait longtemps qu’il s’était totalement désidéologisé, pour ne représenter (plutôt bien d’ailleurs) que les intérêts Lyonnais. Ses positions sécuritaires rassuraient sans doute l’aile droite du macronisme mais elles exaspéraient encore plus son aile gauche ! Si le départ de Nicolas Hulot fut une amputation politique, celui de Gérard Collomb ne constitue qu’un accroc sévère mais  passager à l’autorité du président. 

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