Ce matin, Lubrizol et les dilemmes de la communication de crise...On a beaucoup parlé des ratés de la communication des ministres. Il y en a eu. Des ‘tout va bien braves gens’ alors qu’il pleuvait de la suie et qu’une partie des Normands avait des maux de tête

Les réponses ne sont pas toutes encore là et celles qui sont déjà données ouvrent d’autres questions et perpétuent l’angoisse. La liste des produits qui ont brûlé dans l’incendie, dévoilée par le préfet, ne dit pas, au premier abord, leur dangerosité. 

Toutes les extrapolations sont donc possibles ! Quoi que le gouvernement dise ou fasse, il est suspecté. Il faut quand même souligner que l’on donne beaucoup la parole à la partie de la population la plus méfiante... Mais on est passé, en quelques années, de la suspicion à la défiance et de la défiance à la certitude du mensonge. 

Les politiques ne sont plus seuls mis en cause

Non, les services publics, les experts, les scientifiques sont visés. Un manifestant de Rennes disait mardi qu’il n’aurait confiance qu’en des scientifiques indépendants, non liés à l’Etat ? Mais que veut dire indépendant ? Tous les centres de recherche sont financés, au moins en partie par l’Etat ! Autrefois, pour l’éducation et la recherche, le service public était –dans l’esprit général- garanti d’indépendance vis-à-vis d’intérêts privés. La méfiance s’est renversée. 

La presse et les ONG écologistes ont exercé leur rôle de contre-pouvoir non institutionnel et une culture de transparence s’est imposée. Le gouvernement peut être incompétent mais il n’a aucune raison (ni intérêt) –jusqu’à preuve du contraire- à mentir ou couvrir des industriels qui seraient malhonnêtes. Cette transparence relative ne s’est pas accompagnée d’un regain de confiance. 

Une mécanique de défiance s’est même enclenchée, entraînée par les réseaux sociaux à chaque catastrophe. Spirale de défiance actionnée aussi par des responsables de partis ou associatifs qui ont compris que la seule parole crédible, désormais, est celle qui met en cause le gouvernement, coupable par essence. 

Les écologistes ont une responsabilité. Qu’ils profitent d’une catastrophe pour dénoncer les dérives d’une industrie préoccupée du rendement au détriment de la sécurité, qu’ils réclament plus de normes et de transparence, c’est leur rôle... 

Mais qu’embrayant sur le catastrophisme ambiant, ils soient encore dans la dénonciation d’une collusion étatico-industrielle qui cacherait la vérité, c’est une faute politique et morale. Les écologistes qui affirment ‘le gouvernement nous ment’ (et il y en a eu à haut niveau) ne sont plus les lanceurs d’alertes utiles de ces dernières décennies...

Ils sont les boosters de la défiance généralisée. Ils ont, eux, acquis et conservé une vraie crédibilité... sans doute parce qu’ils ont eu raison avant tout le monde... Cette autorité leur confère une grande responsabilité : ne pas en abuser. Ne pas utiliser une telle catastrophe outre mesure, comme le RN utilise un attentat islamiste. Ils devraient comprendre qu’ils n’ont  pas intérêt à saper le peu de confiance qu’il reste aux gouvernants parce qu’un jour pas si lointain, ce pourrait bien être eux ! Et pour ce qu’ils auront à accomplir aux affaires... il leur en faudra du capital confiance...

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