Questions ce matin sur les rôles respectifs du Président de la république et du Premier ministre.

Nous avons eu en fin de semaine dernière et ce week-end, deux interventions des deux têtes de l’exécutif. François Hollande à Châlons-en-Champagne a fait un discours très présidentiel, devant le décor maintenant homologué « Président » (fond bleu roi, drapeaux tricolore et européen et pupitre aux armes de l’Elysée). Avec le ton d’autorité qu’il fallait, François Hollande a fixé le calendrier politique des prochains mois et répété qu’il gardait le cap et le rythme. Il a fait très « président classique ». Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, deux jours après, était à la radio (sur France Inter hier soir). Il a fait très « premier ministre classique », défendu pied à pied la politique menée, fait quelques petites annonces, sermonné ses ministres chamailleurs. Retour donc à la situation prévue par les institutions. Le Président indiquant la direction en regardant loin et le Premier ministre partout, combatif, réactif. Voilà l’image d’Epinal de l’exécutif équilibré. Mais il faut avouer que quelque chose sonne faux, que tout ça n’a plus l’air adapté. On a parlé vendredi de cette concurrence entre le rythme effréné des médias voraces de polémiques quotidiennes et le rythme de la politique et de la réforme tel qu’il devrait être, forcément lent et patient. Dans une configuration idéale, le Président devrait incarner le rythme de la politique alors que le Premier ministre devrait pouvoir répondre aux exigences qu’impose le rythme médiatique. On peut déplorer qu’il soit si puissant, ce rythme, mais il est là, il est le fruit de l’évolution d’une industrie et personne ne pourra le contrecarrer.

On a beaucoup reproché au président Sarkozy de s’y être plié, à ce rythme médiatique.

Oui, ça a été l’une des raisons de son succès en 2007 et l’une des causes de son échec en 2012. Il semble que François Hollande ait compris ce fait politique mais pour l’instant le couple de l’exécutif n’arrive pas vraiment à réaliser l’attelage idéal qui remettrait les choses dans le bon ordre. Jean-Marc Ayrault, maire d’une grande ville de l’ouest, modéré, parlementaire aguerri, social démocrate dans l’âme, est-il fait pour le job ? En fait, dans la lettre, le Premier ministre est responsable devant le Parlement. Mais l’évolution de la vie politique comme nous venons de la décrire le montre plutôt responsable devant les médias ! Le couple exécutif est chaque jour jugé sur son action, son rythme, la pertinence de sa parole mais seul le Premier ministre peut en subir les conséquences avant cinq ans. Et la sanction politique, signe des temps, viendra de la pression médiatique plus que de la pression parlementaire. Devant une mauvaise presse persistante et de mauvais sondages en rafale le Premier ministre a plus de chances d’être remercié (un jour, pas maintenant) par le président (sous pression) que par un parlement qui ne met jamais le premier ministre en minorité. En réalité, depuis l’échec constaté, courant 2010 de l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy, les deux couples de l’exécutif successifs (Sarkozy-Fillon et Hollande-Ayrault) tâtonnent, cherchent le nouvel équilibre adéquat depuis l’avènement d’un quinquennat qui aura beaucoup plus bouleversé la donne que prévu. Cela dit…et pour relativiser tout le contenu de cet édito consacré au meccano institutionnel à la tête de l’Etat, on ne se poserait sans doute pas toutes ces questions si le chômage baissait et s’il y avait 3% de croissance. Voilà pourquoi il est temps de laisser la parole aux choses sérieuses…l’économie, Philippe Lefébure !

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