Vous vous penchez ce matin sur l’attitude de l’opposition à propos du débat sur la Syrie.

Oui, le Front National et le Front de Gauche ont une attitude cohérente avec leur histoire et ce qu’ils défendent depuis toujours. Les centristes, très attachés au sort des minorités et principalement de l’importante minorité chrétienne de Syrie, font preuve d’une prudence, disons, catégorielle… Et à l’UMP toute une gamme d’attitudes s’exprime. Parfois ce sont d’ailleurs les mêmes qui passent d’une position à l’autre. Le premier parti d’opposition semble réagir comme un canard sans tête. Ecartelé entre la tendance gaulliste souverainiste, incarnée ici par François Fillon, et un courant de tradition plus atlantiste représenté par Jean-François Copé dont le premier réflexe avait été de soutenir François Hollande, comme Alain Juppé d’ailleurs.

Jean-François Copé a du mettre un peu d’eau dans sa petite fiole de rhum du combattant afin de préserver l’unité de son parti. Mais dans Le Monde daté d’aujourd’hui il prend la plupart de ses amis à contre-pied (notamment Christian Jacob le patron des députés UMP) en expliquant qu’il ne veut pas demander à l’exécutif d’organiser un vote d’autorisation des frappes. Cette position est, d’ailleurs, tout à fait cohérente avec l’esprit de la réforme de 2008 qui, dans le respect des attributions du président Chef des armées, ne prévoit pas de vote obligatoire pour une opération militaire avant 4 mois sur un terrain extérieur.

Mais l’UMP demande aussi au Président de créer les conditions d’un plus grand rassemblement autour de sa démarche.

Oui et sur ce point l’UMP n’a pas tort. Pourquoi, comme c’est souvent le cas en pareille situation, François Hollande ne reçoit-il pas tous les responsables politiques à l’Elysée ?

Sans doute parce qu’il serait obligé de recevoir Marine Le Pen. Mais, qu’il le veuille ou non, Marine Le Pen est dans le jeu politique et risque même d’y être d’autant plus qu’elle serait laissée en marge des consultations. Enfin, il y a une posture ambiguë et gênante que l’on peut s’étonner de retrouver à ce point à l’UMP : celle qui entretient de la suspicion sur la réalité de la responsabilité de Bachar Al-Assad et ce matin dans Le Figaro , vous l’avez dit, le président syrien en joue avec gourmandise.

Ainsi, dans ses premières déclarations, François Fillon rappelait 2003 et la controverse franco-américaine sur les armes de destruction massive irakiennes. Jean-Louis Borloo est sur la même posture. En 2003, les Etats-Unis avaient envahi l’Irak sur un mensonge.

« L’aventure américaine en Irak doit nous inciter à la prudence » disent en substance Borloo et Fillon… Quel jugement étrange ! Alors que l’on se demandait si Saddam Hussein avait des armes de destruction massive, il faudrait que l’on s’applique le même doute pour Bachar Al Assad qui les a utilisées ?! Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L’été dernier, François Fillon était rentré de vacances avec des béquilles après une chute en scooter. Cette année il nous revient avec une magnifique canne blanche !

Et Nicolas Sarkozy… qu’en pense-t-il ? Il y a quelques mois l’ancien Président avait su faire passer le message selon lequel il regrettait l’inaction de François Hollande sur le cas Syrien. Nicolas Sarkozy, qui sait bien d’ordinaire distiller pics et vacheries via des confidences organisées, serait bien inspiré de dire (ou de faire dire par l’un de ses haut-parleurs habituels) ce qu’il pense de cette affaire. Il ne serait pas inutile que le canard UMP retrouve sa tête, ne serait-ce que le temps de ce débat sur les frappes.

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