Vous vous interrogez ce matin sur le tour passionnel que prennent trop souvent les débats sur l’éducation…

Trop de conservatisme et de corporatisme en matière d’éducation placent les débats et réformes sous l’éteignoir. Les performances de notre école sont mauvaises et nous sommes à la traîne en matière de projet pédagogique. Les débats sont toujours émaillés de controverses surdimensionnées. Ou décalées. Ils opposent les traditionnels novateurs, les réacs (centrés sur le maître) aux « pédagogistes » (centrés sur l’élève), les républicains aux soixante-huitards, les tenants de l’instruction pure aux promoteurs de l’épanouissement de l’élève. Mais la grille droite/gauche a toujours été trompeuse. Si déjà Léon Blum défendait, contre les réformateurs de son bord politique comme Jean Zay, le maintien des humanités et du classicisme, qui pouvaient être des instruments de promotion sociale. Et dans les années 70, la pédagogie de l’éveil a aussi été défendue et pratiquée dans des écoles privées catholiques. Ceux qui débattent de l’éducation ont tendance à y projeter, non pas seulement des enjeux pédagogiques mais également les névroses de la société. Comme l’école est au début, on a tendance à la prendre pour la source. La source des problèmes ! Alors qu’elle en est plutôt que le réceptacle. La société souffre d’un manque d’autorité, l’incivilité progresse ! Il faut rétablir l’ordre à l’école. Les inégalités s’accroissent ? Il faut rétablir l’égalité à l’école. Alors que, comme le souligne l’historien de l’éducation Antoine Prost, comment (et pourquoi d’ailleurs) revenir à l’autorité d’antan avec des élèves qui, chez eux, fort heureusement, parlent à table, participent aux choix de la vie de famille. Comment remettre l’égalité au sein de l’enseignement alors que c’est la ghettoïsation géographique, l’absence de mixité sociale qui est la principale source de l’inégalité scolaire.

En fait, le débat pédagogique est toujours pollué par des considérations beaucoup plus larges.

Le simple et éternel débat sur les notes charrie beaucoup trop de considérations sociales, politiques, philosophiques même. Vous voulez réduire l’importance des notes pour lutter contre le découragement ? Vous êtes un relativiste, un niveleur pour qui tout se vaut ! L’historien Pierre Gaxotte écrivait dans Le Figaro , dans les années 70 que la modernisation de l’apprentissage du Français, … c’était une vengeance des communistes qui voulaient détruire les bases de notre société. Mais à gauche, on estime souvent que l’école d’aujourd’hui ne cherche plus à former des citoyens mais des agents économiques au service du capitalisme. Une forme de conspirationnisme et l’hystérisation minent le débat sur l’école en France. Les délires sur la prétendue « théorie du genre » en ont fourni le visage le plus débilitant. Entendre – à ce micro- une personnalité comme Nathalie Kosciusko-Morizet renvoyer implicitement dos à dos Farida Belghoul et Najat Vallaud-Belkacem sur cette question montre d’ailleurs l’étendue des dégâts.

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