"Féminicide"... mot nouveau pour décrire une situation ancienne.

‘Féminicide’... un mot nouveau pour décrire une situation ancienne.
‘Féminicide’... un mot nouveau pour décrire une situation ancienne. © Getty / GeorgePeters

Oui ou comment le mot inventé par une sociologue américaine en 1976 (toujours souligné en rouge sur nos logiciels de traitement de texte) s’est imposé dans le débat, et avec lui, un autre regard sur un fait social sous-traité. Ce mot, qui désigne l’assassinat d’une femme par son conjoint ou un autre homme parce qu’elle est femme, un meurtre, disons genré... ce sont d’abord les féministes qui, à force de militantisme acharné, l’ont fait émerger. Les travailleurs sociaux, les gendarmes, les policiers, les pompiers, les magistrats le disent depuis longtemps, les 1ères violences qu’ils ont à traiter sont – et de loin- des violences familiales, très largement du fait des hommes sur les femmes. Les élus locaux connaissent aussi cette réalilté. Mais pour nous, la presse, les médias, ces violences, ces meurtres n’étaient que des faits divers. On titrait ‘drame familiale, ici’, ‘excédé, il tue sa femme, là’ sans totaliser ces meurtres. Qui peut savoir ce qu’il y a dans le cœur et la tête d’un couple ? se disait-on, fataliste. Ça faisait même des histoires palpitantes pour une presse spécialisée. Et puis le travail des féministes a fini par payer. Non pas que ces crimes aient baissé... non... seulement ils ne sont plus vus comme des faits divers éparses mais bien comme un phénomène social. La force de ce processus médiatique ne vient pas de la nouveauté du phénomène (il existe depuis toujours) mais du fait que la société ait décidé de déterrer cette tragédie souterraine quotidienne et cachée. De la regarder comme telle. On ne percevait pas (on ne voulait pas percevoir) ce flot de souffrance, cette effroyable injustice culturelle, anthropologique : le patriarcat, le machisme. 100 fémicides depuis le début de l’année. Il ne s’agit pas d’une vague de féminicides comme il y aurait une vague d’attentats... mais bien de crimes que nous distinguons et que nous lions.

Les pouvoirs publics y sont aussi pour quelque chose.

Oui, cette prise de conscience est vraiment une affaire collective. Le gouvernement a fait de la violence faite aux femmes une cause nationale. Un Grenelle sur les violences conjugales s’ouvre donc aujourd’hui. Les oppositions aussi poussent à aller plus loin et surtout a mieux financé le monde associatif et les services sociaux de proximité, mobilisés, eux, depuis longtemps sur le sujet. En adoptant ce terme   ‘féminicide’, la presse se fait le vecteur et le reflet de cette prise de conscience collective mais pas encore générale. Nommer les choses, c’est leur donner une existence à la surface du monde et dans les consciences. Regardez, par exemple, l’enjeu qu’il y a à qualifier un meurtre ‘d’attentat terroriste’ ou non, on l’a encore vu avec l’affaire de Villeurbanne ces derniers jours. C’est la société qui se réveille enfin, condition première pour (et ce sera une autre paire de manches) pour que les rapports hommes/femmes changent vraiment. A moins que ce ne soit l’inverse (c’est la version optimiste)... A moins que ce  soient les rapports hommes/femmes qui commencent enfin à changer assez pour que ces meurtres nous apparaissent pour ce qu’ils sont : spécifiques… des ‘féminicides’., 

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