A l’occasion du procès des attentats de Charlie revient la controverse sur la fracture de la gauche sur la laïcité…

Pour  comprendre, il faut revenir 30 ans en arrière. Avant 1989, la gauche  était universaliste et n’avait à la bouche, vis-à-vis de l’immigration  (on ne parlait pas d’islam), que le mot intégration. Il s’agissait de respecter les différences dans le cadre des principes  républicains qui, à l’origine, sont ceux de la gauche. Et puis il y eu  Creil, en 1989. Des jeunes filles revendiquaient le droit d’aller à  l’école voilée. Toute la gauche refusait cette idée, par principe, mais le problème était pour elle : jusqu’où  fallait-il aller pour faire respecter cet interdit ? Deux principes  fondateurs de la gauche étaient en tension : le respect des différences  et la défense des plus faibles Versus la lutte contre l’obscurantisme et la neutralité religieuse à l’école. SOS Racisme  refuse l’interdit au motif que les jeunes filles, hors de l’école,  sombreraient plus sûrement dans l’obscurantisme. Gisèle Halimi  démissionne de SOS racisme, voyant d’abord dans le tchador (c’est comme ça que l’on disait à l’époque) un objet d’asservissement de la  femme. Lionel Jospin, ministre de l’Education, ne trancha pas et laissa  les chefs d’établissement juger au cas par cas.  

Mais le phénomène prit de l’ampleur.  

Oui…  et les chefs d’établissements demandaient des consignes claires. C’est  pour ça qu’en 2004, le RPR et le PS (encore fortement composés  d’enseignants très laïcs) formaient une majorité de circonstances pour voter l’interdiction du voile à l’école. SOS  Racisme, ayant fait le constat d’une offensive organisée de l’islam  politique, se prononçait aussi pour l’interdiction. Le PC, lui, s’y  opposait. Aujourd’hui Marie-Georges Buffet (qui était alors secrétaire national du parti) regrette amèrement ce choix. C’est  cette même tension à gauche entre le fait de défendre les victimes, les  discriminés, quitte à accepter des différences qui remettent en cause  les grands principes républicains, contre la défense intransigeante de ces principes, qui fracture la gauche en 2007  lors du procès des caricatures de Charlie. L’attentat de 2015 réunit la  gauche mais pas pour longtemps.  Cette tension est vite de retour et  aboutit à une incongruité qui aurait révulsé toute gauche d’avant 1989 : l’idée que l’on puisse mettre au même rang  la caricature d’une religion, de ses extrémistes et le racisme d’extrême  droite. C’est ainsi que pour tenir les deux bouts de la chaine, JL.  Mélenchon peut prononcer le plus beau des discours républicains aux obsèques de son ami Charb et assimiler dans un tweet  Valeurs Actuelles et Charlie à propos de leur critique envers la députée  Danièle Obono. La partie de la gauche qui n’a pas soutenu Charlie  pendant le procès des caricatures, ou celle qui assimile la critique d’une religion au racisme d’extrême-droite, quitte  la tradition républicaine et laïque pour dériver vers une tradition plus  communautarisme à l’américaine.  

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