Parmi les noms d'oiseaux qui circulent actuellement entre candidats, François Hollande vient de traiter Nicolas Sarkozy de « grand prometteur ». Un néologisme qui pourrait s'appliquer à beaucoup de monde pendant cette campagne électorale. Vous vous souvenez peut être de cette pub des années 80, "Avenir, l'afficheur qui tient ses promesses", tout ça parce qu'Avenir avait fait promettre un jour à une belle naiade d'enlever le haut, sur tous les murs de France, puis le lendemain d'enlever le bas, ce qu'elle avait fait. Et bien en campagne électorale, nos candidats deviennent les hommes sandwichs de leurs propres promesses. Ils promettent tout, à tout vent, et à tout va. Tous ces engagements n'ont pourtant pas la même valeur, et ne poursuivent pas le même but. Il y a la promesse de base, qui fait plaisir largement. Réduire les impôts est une tarte à la crême par exemple de chaque présidentielle. Il y a la promesse destinée à contenter un segment électoral très précis. Exemple, lorsque François Bayrou, en Guyane s'engage à ce que les pirogues des Amérindiens ne soient plus soumises aux normes de l'Union européenne, c'est ciblé ! Il y a la promesse qui fait avancer le débat politique et qui fixe le tempo de la campagne. En affirmant lundi qu'il était prêt à "expérimenter la TVA sociale"; Nicolas Sarkozy a coupé l'herbe sous le pied du centriste Bayrou, à qui il a piqué l'idée. Il a ouvert politiquement et économiquement une voie nouvelle autour de laquelle tous les autres candidats sont appelés à se positionner. Enfin, mais la liste est loin d'être exhaustive, il y la promesse qui sert à appuyer, ou corriger un trait psychologique ou politique d'un candidat. Ségolène Royal qui promet lors de sa pré campagne, des internats à encadrement militaire pour les jeunes délinquants, fixe immédiatement une nouvelle ligne répressive à la gauche. A l'inverse, quand Nicolas Sarkozy s'engage lundi à ce que chaque détenu ait une cellule individuelle, c'est son portrait de premier flic de France sécuritaire, qu'il tente de retoucher. Les promesses présentent évidemment quelques dangers. D'abord parce que vues du bord opposé, elles sont toujours jugées démagogiques, et donc dénoncées comme telles. Ensuite, parce que mal préparées, elles ne sont pas toujours du meilleur effet. En promettant tout à trac de supprimer l'Ena, François Bayrou croyait surfer sur la dénonciation des élites, ça marche toujours ça, Jean-Marie le Pen en sait quelque chose, mais le candidat UDF a juste oublié que ses récents soutiens, notamment les fameux Gracques, ces hauts fonctionnaires qui en appelaient à lui pour rénover la sociale démocratie, sont tous passés par... l'Ena ! Comme en 2002, 95 et auparavant, 2007 est une grande foire aux promesses. Avec évidemment le risque d'accroître un peu plus encore le discrédit dont souffre la politique, car on pourrait écrire des encyclopédies des promesses non tenues. La campagne reste pourtant ce moment clef où chacun, candidat et électeur, a envie de croire à la magie de la promesse. Où il existe encore ce minimum d'esprit de contrat qui fait qu'on fait encore confiance à la parole politique. La présidentielle est cette grande lessiveuse, qui remet les compteurs de promesses à 0, et ouvre une page virginale à remplir de nouvelles promesses à tenir cette fois.

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