Ce matin, vous nous parlez du vote blanc. Certains voudraient que le vote blanc soit comptabilisé…

Oui, il y a plusieurs associations qui défendent le vote blanc, c'est-à-dire l’action de mettre une enveloppe avec un papier blanc dans l’urne. Elles veulent que cette action soit différenciée du vote nul, c'est-à-dire du fait de mettre dans l’urne une enveloppe vide ou alors avec plusieurs bulletins ou un bulletin crayonné. Le bulletin nul est le résultat d’une erreur ou d’une protestation brouillonne. Le bulletin blanc est un vrai vote exprimé, disent ses promoteurs. Ils souhaiteraient que les résultats des élections soient annoncés avec des pourcentages tenant compte des bulletins blancs. La revendication des « blancistes » a une audience qui reste marginale mais qui connaît un regain en ce moment. En 2007 Sarkozy et Royal faisaient campagne sur le retour du politique et la forte participation à ce scrutin prouvait que les Français croyaient qu’avec suffisamment de volonté et d’énergie, un nouveau président pourrait avoir un impact sur la réalité. « Ensemble tout devient possible » reflétait ce volontarisme qui balayait les années « d’aquoibonisme » politique de Jacques Chirac et de la fin de François Mitterrand. Mais l’énergie de Nicolas Sarkozy semble avoir surtout été l’énergie de l’annonce permanente et la crise (ses origines et ses solutions) a aussi montré que les manettes aux mains de nos gouvernants ne répondaient plus vraiment.

Et c’est de cette désillusion que se nourrit l’idée du vote blanc ?

Eh bien c’est une hypothèse que j’ai échafaudée parce que je suis payé pour échafauder des hypothèses… mais en fait je n’en sais rien. En réalité, le vote blanc est une protestation dérisoire qui délivre un message incompréhensible. Imaginez que l’on ait décidé de décompter le vote blanc. 2, 3 voir 4% des électeurs voteraient blanc… bon…que faudra-t-il en déduire ? Que parmi les dix candidats, aucun n’a trouvé grâce aux yeux de ces électeurs ! Et puis il suffirait que l’on reconnaisse le vote blanc pour que toute une série de personnes appelle à voter blanc en signe d’adhésion à une cause. C’est déjà le cas ! Ceux qui pensent qu’on nous ment sur tout, ceux qui trouvent que l’on paie trop d’impôts, des anti-IVG, des anarchistes, des royalistes, des indépendantistes ! Le message du vote blanc est en réalité parfaitement illisible ! Dans certains, cas très spécifiques, le vote blanc peut avoir une utilité démocratique. En cas du vote obligatoire, c’est une manifestation compréhensible de refus de vote. Dans de petites communes, un fort taux de vote blanc aux municipales signifie qu’il y a un problème avec l’intégrité du ou des candidats. On pourrait décider qu’un certain taux de vote blanc, s’il n’y a qu’un candidat, pourrait être révocatoire et servir à écarter un potentat local. On peut rétorquer à cet argument que la démocratie, ce n’est pas simplement battre un candidat mais surtout gagner l’adhésion. La reconnaissance du vote blanc serait une prime à une forme de civisme râleur. Alors il y a des candidats, comme François Bayrou qui se prononcent pour le décompte du vote blanc. Belle abnégation parce que, par définition, ceux qu’il aura contenté (s’il tient sa promesse) ne voteront plus jamais pour lui ! Mais bon, je m’aperçois surtout que quand on en arrive à faire toute une chronique sur le vote blanc à moins de trois semaines du premier tour… c’est que vraiment… la campagne est bien ch… rasoir !

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