« Valls doit faire du Valls » dit, paraît-il, François Hollande de son nouveau premier ministre. Mais c’est quoi faire du Valls ?

Sans doute quelque chose comme de la social-démocratie avec un marteau et un mégaphone ! De l’autorité et de la communication… En réalité entre Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, il n’y a pas de différence de ligne politique. D’ailleurs le Premier ministre n’est pas censé avoir une ligne politique, il met en œuvre celle du Président. Ayrault et Valls sont deux socialistes modérés ayant depuis longtemps accepté l’économie de marché, et quelques principes d’orthodoxie budgétaire mâtinés de justice sociale. Mais Ayrault est un conciliateur. Tourné vers la culture du compromis. C’est ça en réalité la social-démocratie : une méthode. Une méthode par laquelle on réforme avec les corps intermédiaires, les partenaires sociaux. Le parti social-démocrate endosse son action à un syndicalisme fort. Or, nos syndicats, majoritairement protestataires, ne représentent, en plus, pas grand monde… et notre patronat reste toujours persuadé que toute concession est un bras arraché. Les responsables politiques français qui se réclament de la social-démocratie se retrouvent un peu dans la situation de l’équipe de bobsleigh de Jamaïque : les conditions ne sont jamais réunies pour pratiquer leur passion chez eux. Face à cette incapacité à réformer, à obtenir des résultats, face à cette impression d’impuissance, François Hollande a décidé de changer de méthode…

Et donc de Premier ministre.

Oui, là où Jean-Marc Ayrault pouvait dire, « le redressement du pays passera par le dialogue, la concertation », Manuel Valls pourrait répondre « autorité et clarté pour rétablir la confiance »…ça ne commence pas vraiment sous les meilleurs auspices. Vous avez pu entendre sur cette antenne à deux jours d’intervalle celui qui allait devenir ministre de l’économie, Arnaud Montebourg et celui qui est devenu ministre des finances, Michel Sapin. Assurément nous ne sommes pas encore dans la clarté, notamment sur la question des déficits et sur l’attitude à adopter face à la commission de Bruxelles. Laissons au Premier ministre le temps d’exercer son autorité pour clarifier cette situation… Sans doute mardi lors de son discours de politique générale. Valls, ce serait donc l’autorité pour remplacer l’impossible contrat dans un pays comme le nôtre ! Comment les Allemands se débrouillent-ils, eux, pour avoir une parole publique plus claire et plus efficace alors que leurs gouvernements sont souvent composés de coalition droite/gauche ? Leurs institutions et leur culture politique font que, pendant de longues semaines, ils négocient âprement entre eux un contrat, un programme et…truc incroyable : ils s’y tiennent ! C’est ainsi que si vous interrogez Angela Merkel sur le salaire minimum ou sur le nucléaire, elle qui était rétive à l’instauration du premier et à l’abandon du second, parlera du smic comme un député SPD et du nucléaire comme un écologiste parce que c’est dans le contrat ! Même si chacun sait ce qu’elle pense au fond. L’impression que tout le monde –dans une majorité- tire dans le même sens et agit de concert, est un sentiment qu’on ne ressent, en France, que pendant deux ou trois mois après une élection présidentielle…tous les 5 ans. Si Manuel Valls réussit, par son autorité, au moins à faire que Sapin et Montebourg disent et font la même chose sans que l’on ait l’impression que l’un a triomphé sur l’autre, il aura déjà fait faire un grand pas à la politique française pour rétablir la confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.

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