Ce matin, la montée en puissance des mouvements citoyens. Notamment avec la Nuit Debout place de la République à Paris.

Oui, et à partir de ce soir dans d’autres villes. Il y a comme un bouillonnement démocratique sous les radars habituels de l’analyse et des sondages politiques. Une désespérance sociale, des inégalités qui s’accroissent, une crise de la représentation constatée depuis longtemps… On s’interroge souvent : pourquoi aucun Podemos, aucun Syriza n’émerge en France ? Eh bien à la fin de ce quinquennat qui n’aura pas « ré-enchanté le rêve français », comme le promettait le candidat Hollande, monte une vague d’initiatives qualifiées de citoyennes. La contestation de la loi El-Kohmi, un discours autoritaire et fermé sur les réfugiés, semble former le cocktail déclencheur. Le mouvement spontané, encore incertain, de la Nuit Debout, qui s’installe tous les soirs, depuis jeudi, sur le forum de la Pace de la République, draine des militants aguerris mais aussi de jeunes chômeurs, un mélange d’étudiants et de badauds plus âgés tout heureux de constater qu’enfin quelque chose d’alternatif se passe, avec un petit parfum insurrectionnel.

Ce mouvement a-t-il un avenir ?

Personne ne peut le savoir. Il peut devenir seulement un point de fixation des débats et des indignations mais il ne veut rien revendiquer de particulier, juste être ce forum créatif et protestataire. Il peut s’installer dans la durée, se répandre dans d’autres villes, sur d’autres places et devenir un phénomène politique incontrôlé, aux conséquences inconnues ou s’étioler, disparaitre du fait de sa propre détestation de l’incarnation. Aucun leader ne semble pouvoir émerger sans être accusé de vouloir s’inscrire dans une compétition politique devenue, en elle-même, suspecte. Mais ce mouvement s’inscrit dans une vague de contestation fondamentale comme les ZAD, dont celle de Notre-Dame-des-Lande, qui dépassent la seule question de l’aéroport. Il s’agit de promouvoir une autre façon de prendre des décisions, une autre façon d’envisager la croissance. Ces mouvements citoyens dépassent largement le cadre habituel de la gauche radicale. La sphère ‘gauche de gouvernement’ voit aussi se développer des réactions à l’incurie des partis classiques. Nouvelle Donne de Pierre Larutourou, la Transition de Claude Posternac, les signataires de Notre primaire, qui réclament un renouvellement des idées et des personnes. Ça bouge au moins dans le monde des militants associatifs, des acteurs des corps intermédiaires, c’est-à-dire chez tous les citoyens qui font vivre la démocratie de tous les jours sur le terrain. Dans une sphère moins idéologique, Ma Voix ou Bleu-Blanc-Zèbre, la Primaire.org, ont un certain succès, comme à droite aussi avec les libéraux de Nous citoyens qui n’en peuvent plus des blocages de la superstructure étatique et de son personnel politique professionnel. Plus à droite, la Manif Pour Tous s’essouffle un peu mais a montré que dans ce camp-là aussi, il y avait une mobilisation citoyenne possible hors des partis. On peut regarder ce phénomène en se lamentant sur notre système politique sclérosé, ou en se réjouissant que la France (pays amoureux de la politique s’il en est) garde, au fond, une vitalité démocratique que l’on avait un peu vite enterrée

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