Ce matin vous tentez d’imaginer François Hollande devant sa télévision, regardant le débat de ce soir …

Oui, un plateau télé à l’Elysée, ou chez des amis, il a devant lui les 11 candidats à sa succession, c’est à dire l’état de la France politique qu’il laisse à l’issu de son mandat. Et le paysage a quelque chose d’étrange, de presqu’illisible. Un « tout ça pour ça » un peu affligé doit traverser son esprit. Jugez plutôt: s’apprêtent à débattre 11 prétendants dont –fait unique et cruel- aucun ne devrait défendre ce qui a été entrepris depuis 5 ans, comme s’il fallait oublier ce quinquennat au plus vite. D’abord, sont présents Hamon et Macron, 2 Brutus de son camp. Le 1er, frondeur depuis 2014, a entravé l’action du gouvernement pendant toute la fin du mandat. Le 2nd Brutus, sa propre création, c’est celui que François Hollande couvait pour en faire, peut-être, un atout-jeunesse en vue de sa réélection. Ce pourrait bien être à lui qu’il remettra les clés de l’Elysée fin mai ! Et puis il y a le tribun tonitruant (Mélenchon). Celui qui, il y a 5 ans, le qualifiait de « capitaine de pédalo » avant de le dépeindre, tout au long du mandat, en traitre à toutes les causes de la gauche. Il est là, en plein essor mais sans réelle possibilité de l’emporter, comme s’il voulait surtout, au fond, supplanter le PS dont il est issu. Il y a aussi le chef de l’opposition (Fillon) –qui devait gagner cette élection- plombé par des affaires d’emplois fictifs, de costumes payés par un lobbyiste de la France Afrique et qui a choisi, pour se défendre, d’attaquer en dénonçant un complot élyséen. Complot supposée dont –et c’est le propre des complots- il est pratiquement impossible de prouver son inexistence. Il y a aussi un illuminé pyrénéen à béret qui chante quand on lui pose des questions et qui se prend pour de Gaulle, 47 ans après sa mort (Lassalle), un souverainiste gaulliste (Nicolas Dupont-Aignan),2 anciens hauts fonctionnaires (et énarques !) plus ou moins complotistes, qui se prennent, eux aussi, pour de Gaulle. Décidément le Général est à ce scrutin ce que Napoléon est aux asiles de fou ! Et puis, 2 trotskystes (Poutou et Artaud) 77 ans après la mort du révolutionnaire !

Enfin il y a Marine Le Pen !

Oui, l’extrême droite, en tête ! Que la courbe du chômage s’infléchisse trop peu, que le tableau de bord de l’économie ne soit pas conforme à ce qu’il espérait… passe encore pour François Hollande. Il peut toujours se défendre en disant qu’il a œuvré pour le moyen terme. Mais après avoir voulu réenchanter le rêve français, finir avec une extrême-droite dominante, voilà un bilan qui, même avec le temps, sera difficilement sauvable. Le score du FN au 1ertour est sans doute la note, la trace, dans l’histoire, que François Hollande –à juste titre- redoute le plus. Mais le paradoxe de cette situation c’est qu’à bien y réfléchir, devant son poste de télé et ce paysage politique accidenté, incertain, François Hollande peut nourrir quelques regrets et estimer, à bon droit, que s’il avait été candidat, il ne serait pas, aujourd’hui, finalement le moins armé pour gagner cette élection.

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