La grève SNCF… un moment dur pour les macronistes de gauche…

Oui, pour cette première grève, imaginez l’état d’esprit d’un macroniste ancien électeur du PS par exemple. Il croyait avoir voté pour le successeur de Mendes-France ou Rocard… il doit se sentir un peu comme un fiancé végétarien qui se retrouve au premier repas dans sa belle-famille… devant une côte de bœuf ! Et oui, on ne lui avait pas dit… beau-papa est boucher… ! Ce n’est pas la réforme de la SNCF en elle-même qui lui pose problème mais bien la façon dont elle est défendue ! A l’image d’un Edouard Philippe hier à l’Assemblée qui expliquait qu’il écoutait les grévistes mais aussi (et surtout, ça s’entendait) les usagers en galère, les responsables LREM chargés de défendre la réforme sont dans cette posture classique de «l’antagonisation». L’accusation de «gréviculture», et tout ce discours bravache, «nous tiendrons coûte que coûte»,  comme s’il s’agissait de défendre un monticule quelque part dans la Somme en 1916… Comme si, à la façon sarkozienne, Emmanuel Macron cherchait un trophée «pour réformer comme il l’entend par la suite» ... est l’exact contraire de l’esprit de consensus que prétendait rechercher le candidat Macron. 

Mais pouvait-il éviter l’affrontement ? Les syndicats ne veulent pas toucher au statut des cheminots ?

Le statut n’est pas le cœur du problème dans l’immédiat. Il aurait pu se régler après que la convention collective de l’ensemble du secteur ferroviaire a été négociée. A ce moment-là, le statut aurait été plus facilement amendable. Le jeu d’un affrontement sur ce thème n’en vaut pas la chandelle parce que la fin du statut pour les seuls entrants fera qu’il faudra 40 ans pour qu’il s’éteigne ! Et  surtout le gouvernement aurait pu, dû,  éviter de chauffer à blanc les cheminots en parlant de gouffre au moment, justement, où les finances de la SNCF s’améliorent et alors que la part modale du train dans les transports progresse (passant de 7% en 2000 à 10% aujourd’hui). La dette de la SNCF est surtout due à des choix politiques passés. La promesse de départ, «fin du statut contre reprise de la dette» par l’Etat, n’est pas clairement respectée parce que le gouvernement ne dit pas quand et comment il compte régler cette question. En réalité, c’est étrange mais cette grande réforme structurelle est menée à l’ancienne, réactivant, par là même, des attitudes syndicales aussi à l’ancienne. Le gouvernement n’a pas écouté l’UNSA et la CFDT. Il ne dément que très mollement l’accusation de privatisation pourtant fausse, comme si c’était la partie ex-LR du gouvernement qui avait pris les choses en main. D’ailleurs les ministres en charge ne parlent pas de «négociation» mais de «concertation», ce qui en matière de démocratie sociale est tout à fait typé. Donc, culture de l’affrontement et du bras de fer, rien sur la reprise de dette et les investissements pourtant prescrits par le rapport Spinetta, focalisation abusive sur le statut des cheminots… Le tout donne une teinte autoritaire à une réforme, en réalité, équilibrée. Le «En même temps» macronien n’est plus audible! Un peu comme si Emmanuel Macron, tout occupé aux affaires du monde, avait négligé l’affaire… 

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