Le débat de ce soir ouvre la campagne des européennes.

C’est occasion de faire un point sur l’état du paysage politique à la veille ce 1er scrutin général depuis 2017. L’élection d’un président qui prétendait briser le clivage qui prévalait depuis le début de la Vème république a-t-elle vraiment rebattu les cartes ? La présidentielle avait dessiné un paysage composé de 4 plaques idéologiques indépendantes. Le FN, une extrême-droite populiste repeinte en républicanisme autoritaire, François Fillon, une droite conservatrice patrimoniale et libérale… cette nouvelle force (En marche) qui, il y a presque deux ans, pouvait avoir des airs de centre-gauche mendeso-rocardien. Le macronisme s’est ‘droitisé’ en marchant et laisse un goût amer aux électeurs socialistes habituels. Ils existent toujours ! Ils ne sont pas décédés ! Où sont-ils ? Ecartelés entre 3 listes : celle de Benoit Hamon, de Raphaël Glucksmann et de Yannick Jadot. Ces trois-là ont,  peu ou prou, la même vision de la société. Ils estiment que la nouvelle social-démocratie doit se construire autour de l’écologie... Mais cette partie de la gauche, qui avait disparu en 2017, n’a pas fini visiblement de se purger pour pouvoir envisager un nouvel Epinay (du nom du congrès fondateur du PS en 1971). Ça viendra peut-être après ce scrutin. Certains y travaillent déjà dans l’ombre... 

Autre plaque du paysage de mai 2017 : LFI

LFI, une gauche ferme, en réaction à la dérive libérale de la social-démocratie. La question est maintenant de savoir si c’est une plaque solide, avec de vrais fondements idéologiques, cohérents, ou si c’était simplement le versant gauche d’une vague de protestation bien incarnée par un leader tribunicien... JL Mélenchon. Les projections qui placent Manon Aubry, valeureuse novice de LFI, sous la barre des 10%, le laissent  plutôt penser... A droite, LR tente de donner du contenu à son nouveau conservatisme en confiant la liste à un jeune philosophe au classicisme rassurant pour son cœur de  sociologie. Le poids, pour l’instant, de la liste Bellamy, bien en dessous du déjà mauvais score de François Fillon, révèle la crise de fond de la droite de gouvernement. Le FN, avec Jordan Bardella, semble rester au niveau de sa patronne au 1er tour de 2017. Le vent populiste, nationaliste est un vent mondial. Il n’y pas de raison qu’il épargne la France. La liste LREM, elle, comporte une ambiguïté. Elle affiche une verdeur écologiste qui ne reflète pas la réalité de l’action du gouvernement. Les deux figures écolos, les Pascal Canfin et Durant, offrent un contenu progressiste au macronisme théorique de campagne. Mais là, contrairement à 2017, on peut comparer le macronisme de tribune et le macronisme de terrain. Toujours est-il qu’à deux mois du scrutin, il semble que l’on soit passé de 4 plaques tectoniques à 2 : Le RN et LREM. Mais ces deux plaques restent très faibles (un peu plus de 20%) et surtout, toujours sans perspective d’alliance ou d’élargissement au-delà de ce qu’elles sont. C’est donc toujours le morcellement, l’éclatement du paysage politique qui domine, dans une France qui n’a pas encore retrouvé son clivage pertinent pour que s’exerce une démocratie apaisée.

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