« Simple témoin ». C'est en cette qualité que les juges chargés d'enquêter sur l'affaire Cleastream ont décidé de convoquer Dominique de Villepin. Le conseil des ministres devrait donner mercredi l'autorisation d’auditionner le premier ministre. Cette « qualification » de « simple témoin » a forcément des répercussions politiques. Depuis jeudi dernier, Nicolas Sarkozy était, enfin, un homme heureux. Après le cafouillage de son annonce de candidature, il faut avouer que le voir se déclarer via le quotidien « Libération », c'était une surprise. La suite s'était plutôt bien enchainée… Une émission de 3 heures sur France 2, bien joué, 3 heures non comptabilisées par le CSA qui n'a commencé à décompter le temps de parole des candidats que le lendemain, une émission au cours de laquelle il a donné une bonne image, « tranquille », comme la rupture qu'il réclame. Le soir même, un bon meeting, et puis surtout plein de nouveaux amis : l'ex chiraquien Xavier Bertrand, l'ex juppéo villepiniste Jean-François Copé, et même Christine Boutin, qui a finalement renoncé à concourir pour le soutenir. Enfin, l'entourage du candidat a regardé avec gourmandise la candidate socialiste trébucher enfin, lors de son déplacement au Liban. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de Nicolas Sarkozy. Tout ? Et bien non. Car un élément, pas anodin dans sa stratégie de campagne, vient de lui glisser entre les doigts comme une savonnette : l'affaire Clearstream. En annonçant que Dominique de Villepin serait entendu d'ici Noël comme simple témoin, ce qui signifie qu'aucune charge ne pèse contre lui, les juges D'Huy et Pons viennent d'ôter au candidat Sarkozy le pouvoir quasi magique de tenir, au sens de ligoter, le premier ministre. Depuis 9 mois en effet, depuis qu'il s'est constitué partie civile dans cette afffaire, Nicolas Sarkozy ne rate jamais en privé, une occasion de désigner nommément Dominique de Villepin comme l'artisan de cette tortueuse histoire, « celui qui a fait ça, aurait-il menacé, il finira sur un crochet de boucher », c'est avec « ça » entendez ces méthodes là, que je veux rompre répéte-t-il en boucle. Les juges se sont engouffrés dans SA version des faits, jusqu'à multiplier les auditions de politiques, mais rien, semble-t-il, ne permet aujourd'hui de désigner Dominique de Villepin comme l'instigateur de cette manipulation. Or depuis 9 mois, ce dernier était entravé, quoi qu'il fît, par cette histoire. C'est la menace permanente d'être mis en examen, donc forcément de devoir quitter Matignon sous les lazzis, qui l'a entre autre sorti du jeu présidentiel. Cette épée de Damoclès levée, le premier ministre revient-il dans la course ? C'est certainement trop tard. Les concurrents sont déjà lancés, les sondages pas favorables, mais Dominique de Villepin va néanmoins recouvrir, une fois qu'il aura été entendu par les juges, toute sa liberté de mouvement. Et certains de ses amis sont convaincus qu'il fera payer cher sa mise à l'écart injuste qu'il a subie pendant toute l'année 2006. Les juges s'apprêtent donc à donner un blanc seing judiciaire au premier ministre ; peut être aussi un blanc seing politique - au grand dam de Nicolas Sarkozy qui pourrait à son tour glisser sur la savonnette Clearstream.

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