Ce matin, à Lens et à propos du Louvre-Lens, on voit le bon coté de la politiqueOui, parce qu'il faut bien dire que l'on est quotidiennement obnubilé par l'écume de la politique nationale avec le spectacle pathétique des turpitudes de la présidentielle interne à l'UMP ou alors avec la désespérante impuissance de l'exécutif face aux géants industriels comme Mittal, on a tendance à dézinguer avec une certaine facilité le monde politique. Et pourtant, la politique c'est aussi ce musée insensé, sorti de terre ici, en plein bassin minier. Apercevoir, au bout de la galerie dite « du temps », le célèbre tableau de Delacroix, la liberté guidant le peuple (qui est à la peinture ce que les Misérables sont à la littérature dans l'imaginaire nationale de l'identité politique de la France) donne, spontanément envie de faire un édito pour dire du bien de la politique. Ce musée inauguré ce matin par François Hollande, un président de gauche, a été initié sous un président de droite, Jacques Chirac et très largement financé par une région de gauche et son président Daniel Percheron. C'est un premier ministre de droite, Jean-Pierre Raffarin qui a choisi Lens, une ville de gauche, appuyé par un député de gauche, ministre de la Culture Jack Lang à perpetuité qui a écrit ceci pour plaider la cause de cette ville meurtrie par la fin des mines : « éprouvé par le destin, le Pas de Calais à soif de Beauté et de Dignité ». Le musée Louvre-Lens qui prévoit de recevoir 500.000 visiteurs par an est une création de la politique, de la droite, de la gauche, de l'Etat et de la région. Elle n'est pas politique parce que consensuelle mais bien parce qu'elle procède de la volonté publique. Alors la politique, même créatrice et belle comporte aussi son écume et vous trouverez beaucoup d'élus et de ministres de la culture pour proclamer qu'ils sont les pères de ce projet. mais (stop, on dit du bien !). c'est une oeuvre collective, née du volontarisme culturel, une particularité française. Dans beaucoup de pays, l'idée que le contribuable, sans mécène privé en première loge, dépense des millions pour installer des oeuvres classiques dans une ville ouvrière de 38.000 habitants serait jugé parfaitement inappropriée. Pourtant pour la première fois le budget de la culture est en baisse..Oui nous sommes en crise mais si le budget du ministère baisse, les collectivités locales consacrent toujours beaucoup d'argent à la culture, non pas parce qu'elles ne sauraient pas quoi faire de leur fortune ! Non, les collectivités locales sont au bord du gouffre financier mais elles ont bien compris que la politique culturelle est un levier économique pour leurs territoires. Les villes qui ont trouvé la bonne idée de festival culturel profitent à plein des retombées économiques. En France les musées ne désemplissent pas, beaucoup d'entre eux s'auto-financent et font des bénéfices. Dans Le Monde daté d'aujourd'hui Laure Kaltenbach et Olivier Le Gay, initiateurs du Forum d'Avignon, laboratoire d'idée sur le lien entre culture et économie signent une tribune très instructive, titrée « la culture nous sortira de la crise ». Le monde culturel et audiovisuel emploie 550.000 personnes dans notre pays, deux fois plus que l'industrie automobile. Le musée Louvre-Lens ne remplace pas l'industrie mais au moment ou l'on doute la politique, c'est-à-dire au moment ou l'on se demande pourquoi le Gavroche de Delacroix est monté sur cette barricade de 1830, le Louvre Lens donne un début de réponse.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.