Thomas Legrand revient ce matin sur le classement PISA qui fait reculer la France au 25ème rang en matière de niveau scolaire...

Oui et c’est un chiffre démoralisant parce que l’école, malgré l’ambiance « décliniste » du moment, reste, d’après une enquête menée par l’institut CSA, l’une des institutions pour laquelle les Français ont majoritairement une vision positive. Alors depuis hier, on a listé toutes les raisons objectives qui concourent à la détérioration du niveau scolaire : les rythmes épuisants pour les enfants, les méthodes qui tendent toujours vers la sélection et négligent l’épanouissement, l’incapacité du monde de l’éducation à se remettre en cause, la façon dont ont été formés les maîtres pendant des années. Il est aussi une raison qui n’est pas assez évoquée, qui tient à la géographie et à l’urbanisme. Ce qui tire les résultats vers le bas, c’est l’écart entre les meilleurs élèves et les plus faibles, plus important en France que dans le reste de l’OCDE. C’est le chiffre le plus cruel pour une République qui grave pourtant le mot "égalité", entre "liberté" et "fraternité" sur le fronton de ses établissements scolaires. Rehausser le niveau scolaire c’est d’abord lutter contre cette inégalité grandissante. En dehors de tous les outils pédagogiques et même en dehors de toutes les solutions budgétaires en direction des écoles des zones défavorisées, la solution (à moyen terme du moins) est dans l’urbanisme et le logement. Dans le respect beaucoup plus draconien de la loi SRU qui oblige chaque municipalité à tendre vers un taux de 25% de logements sociaux. Le respect d’une loi sur la construction de logements sociaux pour lutter la dégradation du niveau scolaire ? Oui, L’inégalité scolaire est d’abord une inégalité spatiale. C’est la mixité, le mélange entre les classes sociales et les origines ethniques (pour ce qui est de la population immigrée) qui créent les conditions d’une relative égalité scolaire. Cette mixité ne peut être réalisée que dans le cadre d’une urbanisation qui favorise les mélanges. Le sociologue, spécialiste de l’urbanisme Jean-Claude Chamboredon –dans les années 70- voulait montrer les limites des effets de la mixité sociale tant vantée. Il disait "la proximité spatiale n’empêche pas la distance sociale"... Mais en matière d’éducation c’est l’inverse. Il est certain qu’un enfant dont les parents ne maîtrisent pas le français a toutes les chances de rater sa scolarité s’il n’est entouré que de ses semblables dans une cité de banlieue parisienne, lyonnaise ou toulousaine. Alors qu’il aurait toutes les chances de la réussir s’il allait en classe à Neuilly, où il n’y a que 3% de logements sociaux ! Le contournement de la carte scolaire par une partie de la population aisée, dans des quartiers où la mixité existe, est attisé par cet esprit de compétition qui ronge l’éducation française et par cette idée que le mélange des populations tire le niveau vers le bas. Les écarts de niveau scolaire entre établissements selon l’environnement urbain est si béant qu’une forme de vertige prend bien des parents à l’idée que leurs enfants se retrouvent en minorité ethnique ou sociale. La solution pour redresser le niveau scolaire générale est donc entre les mains des ministères en charge de la ville, de l’urbanisme, du logement, de l’aménagement du territoire. Entre les mains de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi SRU. Bien plus qu’entre celles du ministre de l’éducation...

Pour aller + loin

> Les résultats de l'enquête PISA > Exemple de test de math de l'enquête PISA (en anglais)

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