Ce matin vous vous interrogez sur le débat économique au sein du PS à l’occasion de la discussion autour de la loi Macron.

Oui, nous assistons à un débat… ou plutôt une controverse interne bien singulière, très corrosive pour le gouvernement. Le problème du PS vient de la dépolitisation du débat interne. L’idée de la loi Macron est de déverrouiller un peu l’économie en assouplissant certaines normes, comme les interdictions de travailler le dimanche ou les seuils sociaux. Emmanuel Macron tient un discours totalement désidéologisé pour justifier son action. Il est dans le pragmatisme. Tout juste répète-t-il que certains droits que l’on croyait protecteurs ont, en fait, fini par dresser des barrières infranchissables pour tous ceux qui sont exclus du monde du travail. En dehors de cette justification qui pourrait avoir –en cherchant bien- quelques accents de gauche, puisqu’il s’agit de tenter d’intégrer les victimes de la crise les plus durement touchées, Emmanuel Macron semble parfaitement assumer d’appliquer des solutions pour ce qu’elles valent, plus que pour l’étiquetage politique que l’on pourrait leur accoler. Au PS, l’aile gauche crie à la casse sociale mais que le courant majoritaire, représenté par le patron, l’ex-strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis fait une critique, lui aussi tout à fait désidéologisée : Il dit que la loi Macron est un fourre-tout. Ce n’est pas la philosophie de cette loi qu’il dénonce mais le désordre de son contenu.

Vous voulez dire que nous ne sommes plus dans le combat classique des deux gauches ?

C’est ça…nous avions l’habitude d’avoir, d’un côté les socialistes traditionnels, keynésiens et portés sur la politique de la demande, actionnée par la dépense publique, et, de l’autre, des socialistes influencés par Blair et Schroeder, promoteurs d’une adaptation à la mondialisation qui passe par une dérégulation sociale et des coupes budgétaires. En fait, les socialistes sont en proie à un immense doute. Ils ont de plus en plus de mal à cacher leur expectative. Ils repoussent sans cesse les moments fatidiques des choix. Le débat sur le contrat de travail ? Ce sera pour après le congrès… Leur malheur vient de là : un congrès de socialistes français, c’est fait pour se compter, et pré-définir les écuries pour la course de chevaux présidentielle, pas pour clarifier des lignes politiques ou réactualiser sa pensée. Ils sont encore une fois dans le déni de leurs différences, refusent de choisir, d’arbitrer entre deux lignes politiques, économiques. Trancher enfin, dans un sens ou dans l’autre, représenterait bien sûr un risque : ça pourrait rendre ce parti et ce gouvernement enfin lisible et cohérent ou alors provoquer un schisme et donc la mort brutal du PS. Mais les socialistes critiques ne veulent pas dire que leur gouvernement a idéologiquement tort, et préfèrent dire qu’il est nul, ou agit à contre-temps (la‘loi fourre-tout’). Ce procès en incapacité assure au président et gouvernement une lente agonie, apparemment moins douloureuse que les effets d’une vraie clarification, mais les place, en réalité, sur une pente douce, vers un échec politique certain.

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