Ce matin… plaidoyer pour le vote.

Ou plutôt, réquisitoire contre l’abstention. Parce qu’on croit généralement que s’abstenir, c’est ne pas participer à une élection. C’est vrai uniquement pour l’infime partie de la population totalement dépolitisée, pour ceux aussi, assez peu nombreux, qui font du nomadisme électoral et votent, au coup par coup, au gré d’avis changeants. L’abstentionniste croit donc ne pas participer au vote mais en réalité, il participe à l’affaiblissement de son camp habituel et au renforcement de celui pour lequel il ne vote jamais. Il participe donc grandement au résultat du scrutin. Parce que si l’élection est une compétition entre des partis, entre des candidats…il n’y a finalement que très peu de transferts de voix d’un parti à l’autre (en ce moment, seul le FN arrive à prendre un certain nombre de suffrages aux autres partis). La mécanique électorale fonctionne globalement plutôt selon la formule suivante : si le parti A l’emporte sur le parti B, ce n’est pas que le parti A aura piqué des électeurs au parti B… c’est surtout qu’il aura plus mobilisé ses électeurs habituels que son adversaire. Les électeurs du parti B seront simplement plus restés chez eux. C’est ce que les politologues appellent la « mobilisation ou l’abstention différentielle ». Sur cette élection, et d’après les multiples enquêtes d’opinion (mais au fond, pas besoin d’enquête, il suffit de tendre l’oreille), les électeurs de gauche sont les plus démobilisés et ce sont bien sûr les électeurs d’extrême-droite qui sont le plus sûrs d’aller voter. C’est mathématique, ne pas participer favorise le camp qui participe le plus. Ne pas voter (ou même voter blanc, ce qui ne délivre aucun message clair) renforce automatiquement le parti qui a le vent en poupe. En matière électorale, qui ne dit mot consent au plus puissant. Il y a pourtant une autre façon de sanctionner son camp quand on n’est pas content !

C’est de voter, mais pour quelqu’un d’autre !

Oui, plutôt que de favoriser forcément le parti dominant en s’abstenant, autant choisir quel parti vous allez renforcer en votant. On a un peu l’impression de réinventer l’eau tiède en disant ça mais il est tellement courant d’entendre cette phrase, frapper au coin de la bêtise politique « je ne suis pas content, je m’abstiens ». Ça revient à dire « je ne suis pas content, donc je me tais» ou : « je ne suis pas content de mes amis politiques, donc je renforce mes adversaires politiques sans choisir lesquels». Or, si vous n’êtes pas content de vos amis politiques (par exemple, parce qu’ils ne seraient pas assez à gauche) vous allez, en vous abstenant, dire à la gauche…soyez plus à droite. Ou, en l’occurrence, soyez plus à l’extrême droite ! Vous direz donc exactement le contraire de ce pourquoi vous n’avez pas voté. Dans chaque région, il y a au moins une dizaine de listes. Des petits partis, des nouveaux partis. Dire que l’on n’a pas le choix est assez spécieux. Il suffit de procéder par élimination. Fustiger l’abstention peut ressembler à une sorte de leçon de morale civique, malvenue…après tout, le vote n’est pas obligatoire. En fait, c’est plutôt une leçon de mécanique des fluides… La leçon de morale, le rappel aux valeurs de la démocratie, nous a tragiquement été délivré le 13 novembre.

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