Et cette question bien sûr : Pourquoi maintenant ?

 Alors que l’aspiration à plus d’indépendance (si ce n’est l’indépendance elle-même) est, à des degrés divers, très présente chez presque tous les Corses, même ceux qui sont engagés dans des partis politiques traditionnels. Pourquoi cette velléité se réveille-t-elle aujourd’hui ?  D’abord cette élection était la 1ère d’une collectivité vraiment insulaire. La Corse avait toujours était administrativement divisée (même avant les 2 départements). Mais cette raison n’est bien sûr pas la principale. Ce qui se passe en Corse aujourd’hui n’est politiquement, historiquement et même culturellement pas comparable à ce qui se passe en Ecosse ou en Catalogne, mais il y a un facteur commun, un contexte mondial qui peut expliquer que les Corses, comme les Catalans ou les Ecossais, estiment largement (pas encore totalement majoritairement) qu’il faut se séparer (ou au moins pour la Corse s’autonomiser) des Etats Nations dont ils font partie. On peut estimer que la solution autonomiste ou nationaliste est avant tout le symptôme d’une crise des Etats-Nations plutôt que l’aboutissement d’un projet politique indépendantiste cohérent. Le taux d’abstention très élevé montre d’ailleurs que cette offre politique-là (un mélange d’indépendantisme soft et d’autonomisme déterminé) remplit plus un vide qu’il ne propose une perspective enthousiasmante.

S’agissant des indépendantismes qui se développent, on parle souvent de « replis identitaires »

Oui et c’est une notion réductrice et stigmatisante. Ni en Ecosse, ni en Corse, ni en Catalogne, on ne peut réduire ces mouvement à un renfermement. Les Catalans sont accusés de vouloir garder leurs richesses, les Corses ne peuvent pas l’être, ils sont économiquement beaucoup plus dépendants du reste du pays. Il n’y a pas dans ces mouvements de flambée de racisme et bien sûr, rien de religieux. Ces sentiments-là sont plus présents dans les nationalismes d’Etats-nations comme on peut le voir à l’est de l’Europe ou même en Angleterre… souvenez-vous du ton de la campagne du Brexit. Nous ne sommes pas non plus dans une nostalgie de la Corse d’antan. Ces mouvements sont à lire dans le cadre de l’inadaptation croissante de nos Etats-nations européens, de tailles moyennes, comme le sont la France, l’Espagne et la Grande-Bretagne, à résoudre les problèmes de notre temps. La globalisation, la société de l’information, le monde interconnecté, les crises environnementales créent un double besoin de proximité et de grand large. Les régions à forte identité, les grandes villes-mondes offrent ce sentiment et cette solution de proximité. Ce n’est pas pour rien que les maires des grandes villes sont populaires. Pour répondre à cette aspiration, les Nations peuvent, comme en Espagne, se braquer, tenter de remobiliser un sentiment national, caricaturer ceux qui veulent s’émanciper, ou alors (ce sera peut-être le cas en France, c’est ce qui est tenté en Nouvelle Calédonie dans un autre contexte) tenter d’adapter, de rompre l’uniformité administrative pour assouvir ce besoin de proximité. La proximité, la diversité assumée et organisée, à l’intérieur des Nations, peut être un remède pour supporter les bouleversements de la mondialisation. Et même pour s’y intégrer harmonieusement. 

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