Le thermomètre et la température...

Il faut distinguer thermomètre et température. La température, ici, est composée de 3 éléments : mobilisation, violence et popularité. Le niveau de mobilisation en réalité n’est pas impressionnant... 200.000 dans toute la France ce week-end ça reste dans la moyenne des bonnes mobilisations nationales classiques. La violence (hors jugement moral) est le signe de l’exaspération et du désespoir de ceux qui s’y livrent. Nous sommes à un niveau jamais atteint depuis 1968. Et même au-delà ... 4 morts! Enfin le soutien des Français. Il est massif et inédit pour un conflit social, très majoritaire d’un bout à l’autre du spectre politique. C’est cela surtout, le fait que le 2ème élément (la violence) ne fasse pas baisser le 3ème (le soutien populaire), qui dénote d’une température sociale bouillante. Le caractère spontané et désidéologisé de la révolte permet à chacun d’y mettre ses colères et à tous les mécontentements de congruer. De quoi plonger le président dans un état profond de réflexion sur sa façon de gouverner, de s’exprimer, sur les limites de nos institutions. Et bien sûr, sur l’orientation économique, fiscale, soutenable par le pays. La température, c’est une chose, mais le thermomètre pose problème.

De quel ordre ?

Ce mouvement a quelque chose de sympathique, qui permet à  des gens qui n’ont pas l’habitude de manifester (et même de se manifester), de s’investir dans une aventure collective. La fraternité des ronds-points occupés, l’expérience de l’engagement, sont, après tout, chez nous, une porte d’entrée dans la citoyenneté active. Médias et politiques sont obligés de se pencher sur une partie de la population dont les problèmes n’apparaissaient jamais prioritaires. Population d’ailleurs qui ne joue pas de la concurrence victimaire et ne sombre pas (pour l’instant du moins) dans un repli identitaire. Mais tout ça ne doit pas cacher les graves défauts et travers du thermomètre gilets jaunes : les menaces de mort à l’encontre de ceux qui pourraient apparaitre modérés et voudraient négocier, le harcèlement par réseaux sociaux, le lynchage numérique, les fake-news complaisamment propagées, les ronds-points filtrés par extorsion de signatures de pétitions contre Emmanuel Macron ou l’affichage obligatoire de son gilet jaune, la terrible livraison à la police de clandestins à Calais sont des faces détestables de ce qui apparait parfois plus comme un mouvement de foule que comme un mouvement social. Et l’on sait qu’il n’y a rien de plus hermétique à l’intelligence collective et populaire qu’une foule. L’incapacité de se doter de représentants ne découle pas, ici, d’un idéal libertaire ou de la démocratie totale mais bien d’un refus individualiste de déléguer, donc de faire confiance, refus de tenter d’intégrer son intérêt propre dans un intérêt commun. Le mouvement des gilets jaunes se veut désidéologisé. Il est, de fait, une coquille politiquement vide. Si la parole du président est très attendue, si des décisions d’ampleur sont, paraît-il, élaborées en ce moment... de leur côté, les Gilets jaunes, pour survivre à une éventuelle victoire obtenue, aussi par la violence, doivent opérer rapidement une mue démocratique... Est-ce seulement possible ? Ils sont sur le point d'obtenir un changement de cap du gouvernement... mais sans structuration, ils n'ont pas d'avenir, sinon celui de devenir les vecteurs plus ou moins volontaires d’une offre  politique autoritaire.

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