La logique politique du président Macron a tué la cohérence sociale du candidat Macron :ou comment une réforme d’inspiration CFDT-Terra-Nova, c’est-à-dire de centre gauche, est devenue un maelström incompréhensible et anxiogène qui réunit contre elle la CGT, la CFDT et les libéraux.

C'est finalement l'histoire d'Emmanuel Macron qui avait su trouver un chemin pour prendre le pouvoir et qui s’est débarrassé, une fois à l’Elysée (prétention incroyable !), de tous ceux qui avaient construit la cohérence du programme. Remontons le fil. 

L’idée, au départ, c’était, après cinq réformes paramétriques (c’est-à-dire visant à ajuster les paramètres de financement), de faire une réforme dite systémique, c’est-à-dire changer le système de calcul des indemnités sans changer la nature de la retraite par répartition. 

On a beaucoup entendu ces deux mots très technos, "paramétrique" et "systémique". Jean Pisani-Ferry, qui avait conçu ce projet pour le candidat Macron, considère que pour instaurer la retraite par points, la dernière chose à faire c’est de vouloir en profiter pour faire des économies. Parce que le point pour tous, dans un premier temps, pèsera sur les retraites de quelques-uns. Il faut donc envisager de compenser en jouant sur les salaires de certains fonctionnaires. Ça coûtera cher.

Et comme ça coutera cher, les tenants de la réforme paramétrique se sont manifestés

Et c’est là que la logique politique du président Macron a défait la cohérence sociale du candidat Macron. Les concepteurs du projet initial estiment que le Premier ministre et les ministres de Bercy, issus de la droite, ont voulu imposer des économies. 

Les 17 milliards qui ont permis d’éteindre la colère (ou du moins la manifestation de la colère) des gilets jaunes, ont fait du mal au finances publiques et donné des arguments aux tenants d’une réforme qui affiche des objectifs d’équilibres financiers. 

Équilibres financiers que les initiateurs de la réforme ne négligent pas mais qu’ils estiment devoir être traités dans un autre cadre et à un autre moment. 

Résultat : une réforme censée simplifier, rendre plus justes les retraites, est devenue (par l’addition négative des logiques systémiques et paramétriques) une réforme floue (avec de vrais morceaux de loups dedans) et surtout, pire que tout : injuste.

Quand il s’est avéré que les professeurs (avant-garde de la république) et les infirmiers (saints laïcs du moment) étaient parmi les perdants, la réforme a été marquée du fer rouge de l’iniquité. Donc s’est considérablement fragilisée. 

Personne, à gauche et à droite, n’en est content

Ce sont peut-être des postures d’opposants. Seulement ils n’ont pas de mal à trouver des arguments ! La stratégie maline, qui consistait à nommer aux postes économiques, budgétaires et à Matignon, des hommes de droite pour déstabiliser Les Républicains, s’avère, en réalité, très coûteuse lorsqu’il s’agit d’entrer dans une réforme si symbolique et technique.

Officiellement le Premier ministre et le président sont sur la même ligne. En réalité, leur culture d’origine réapparaît au cœur de la bataille… et le mix macronien droite/gauche, censé produire de l’intelligence collective, produit (au moins sur les retraites) ambiguïtés et contradictions. La construction politique solitaire du président Macron tue l’ambition réformatrice sociale du candidat Macron. 

Résultat, pour l’instant : un immense gâchis, et politique et social.

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