Vous revenez sur les mots prononcés par François Ruffin, ici même mercredi matin, à propos des frontières

Oui, par petites touches, le thème de la frontière revient aussi à gauche.

Le député de la Somme l’a évoqué en des termes qui ont suscité quelques commentaires, notamment dans la majorité. Certains y voyaient poindre une forme de protectionnisme potentiellement liberticide… 

Dès qu’il s’agit des frontières, le procès en nationalisme n’est pas loin. Il faut, dit Ruffin, comme l’avait aussi dit récemment Arnaud Montebourg, opposer des frontières moins poreuses ‘aux capitaux, aux marchandises et même aux populations du Nord qui voyagent, partout dans le monde’, et puis, plus étonnant parce que pouvant faire penser à un propos identitaire, je cite : ‘les frontières permettent de se construire’. 

En réalité, François Ruffin se place dans la veine classique d’une sorte de souverainisme de gauche, maintenant mâtiné d’écologie

La frontière est un élément complexe pour la gauche. Dans l’histoire, elle est tantôt défendue jusqu’à la mort, tantôt répugnée. L’universalisme des Lumières, mère de la Révolution, ne connait pas de frontières mais la Nation (avec Valmy, mythe de la gauche) se bat pour ses frontières. Jaurès écrit, en 1911 (dans L’armée nouvelle), ‘Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène’. Il est pour une fédération des nations fraternelles où les frontières seraient les limites de l’association des peuples mais pas des remparts de repli. 

C’était trois ans avant 1914, l’Union sacrée (donc avec la gauche) et le début du massacre pour les frontières. Plus tard, il y a les communistes ballotés entre internationale ouvrière et patriotisme républicain. Bien plus tard, le tiers-mondisme, la vague humanitaire des ‘sans frontières’. Il y a aussi la construction européenne, utopie social-démocrate. 

La gauche souverainiste (JP.Chevenement) s’attachait, au contraire, à défendre le siège des conquêtes sociales… c’est-à-dire la Nation contre la mondialisation sauvage. Parallèlement, les écologistes se montraient rétifs aux frontières parce la pollution ne connait pas ces limites artificielles, mais se mettent à les vanter pour tarir les flux insensés et énergivores de certaines marchandises. Penser global, agir local, disaient-ils dans les années 70. Cette formule peut se lire dans les deux sens : pro ou anti frontières. 

Et François Ruffin alors ? 

Il développe - après le début de polémique de mercredi - sur son compte Facebook - sa position … Il y parle de l’immigration… et affirme que la France doit traiter dignement les étrangers qu’elle accueille… Seulement elle doit aussi pouvoir décider, je cite, ‘qui elle accueille et pour quel motif’. Mais il ne précise pas ce qu’il conviendrait de faire de ceux que l’on n’a pas autorisés à venir. Prôner le retour des frontières contraignantes, normalement, c’est les faire respecter, interdire l’entrée du territoire, voire expulser les clandestins, renchérir certains produits… voilà ce que la gauche pro frontières a rarement le courage d’assumer. Mais, crise écologique, Covid, refus de la mondialisation devenue socialement destructrice…, la frontière revient en force à gauche.

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