Le président de la République s'exprimera jeudi soir à la télévision et devant des journalistes avec des vraies questions. C'est un progrès et ça n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Cela dit, il y a toujours un problème avec la communication du Président. Nicolas Sarkozy a décidé de se mettre en première ligne, d'annoncer lui-même toutes les réformes, d'assumer l'ensemble de la politique menée, des grandes orientations au moindre détail. Ça lui a souvent été reproché. En réalité, on pourrait au contraire trouver ça logique et même positif : après tout, il avait dit, pendant sa campagne, qu'il procèderait de la sorte, il avait prévenu qu'il serait dans l'action, en permanence. C'est finalement une façon moderne de gouverner à l'époque où tout va si vite, où la réaction de l'Etat doit être très rapide et puissante. C'est aussi conforme à l'instauration du quinquennat et la concomitance du mandat présidentiel et du mandat de sa majorité. Et en plus, ça correspond au tempérament du Président. Mais alors il faut être logique : si le président fait tout et est responsable de tout, il doit démocratiser sa parole. S'il veut gouverner de façon moderne, comme Gordon Brown ou Angela Merkel, il doit communiquer de façon moderne et ouverte. C'était d'ailleurs ce qu'il avait explicitement promis avant de se faire élire. En quoi sa communication n'est-elle pas moderne ? D'abord, il n'y a pas de conférences de presse du Président. C'est unique dans les pays démocratiques. Et puis surtout, alors que Nicolas Sarkozy s'exprime très souvent - il le fait rarement face à des contradicteurs ; ses homologues étrangers ont régulièrement à se frotter aux parlementaires. Et quand il s'exprime devant des journalistes, comme ce sera le cas demain, le cadre de l'émission est négocié. Bien sûr les questions et même les questions gênantes lui seront posées (on est un an après la promesse de Gandrange, par exemple). Mais toujours est-il que le casting des journalistes est négocié, directement ou indirectement, comme les décors, les thèmes abordés. L'émission aura lieu à l'Elysée, dans un cadre forcément solennel et songez que le réalisateur, celui qui choisit, en direct les images, est Renaud Levan Kim. Un excellent professionnel de la télé, respecté de tous mais, enfin c'est lui qui pendant la campagne de Nicolas Sarkozy était le réalisateur attitré et appointé des meetings du candidat ! On aura donc, demain, une sorte de coproduction entre la télé et l'Elysée ! Cette situation pour le moins incongrue est possible aussi parce que les chaines se prêtent aux exigences de l'Elysée, ce qui ne manque pas d'étonner tous nos confrères européens. Alors, c'est vrai, tous les Présidents de la République ont procédé de la même façon. Mais justement, Nicolas Sarkozy nous avait promis la rupture dans ce domaine. Que serait une communication moderne ? Remplacer certains discours d'annonce par une conférence de presse et puis, tout simplement, le président devrait accepter des invitations, deux ou trois fois par ans dans les émissions qui existent, "Le Grand Jury" sur RTL, "Dimanche Soir Politique" sur France Inter, le matin sur les radios (il ne l'a fait qu'une fois) ou, bien sûr, dans des grandes émissions politiques de la télé le soir ! Exactement comme le font ses homologues britanniques, allemands ou américains. Alors c'est vrai que ceux qui ont une vision un peu poussiéreuse de la fonction peuvent se dire que le Président devrait garder une certaine distance, une certaine solennité dans sa communication, ne pas vouloir galvauder sa parole pour que celle-ci garde le côté « au-dessus des partis »! Il faudrait alors que son propos soit rare et son ton plus arbitral ! Mais dans ces cas là, le Président n'aurait pas pu se rendre, par exemple, au conseil national de l'UMP ! Cette vision de la présidence serait contradictoire avec la forme de gouvernance qu'a choisie Nicolas Sarkozy et aussi, peut-être, pour laquelle il a été élu ! On ne peut pas affirmer vouloir gouverner comme Tony Blair, en chef de gouvernement moderne, et communiquer comme de Gaulle en Monarque Républicain ! Même si, au moins, le Général faisait des conférences de presse !

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