La réforme des retraites : c’est surtout un problème pour la gauche, dites-vous... Oui. On va revenir à la gauche mais constatons d’abords que pour l’UMP, c’est plus simple. Ça fait déjà un bout de temps que plus personne (ou presque) à droite ne parle de retraite par capitalisation. Le gouvernement a une solution logique et comptable pour sauver le régime par répartition : retarder l’âge légal de départ à la retraite et allonger progressivement le nombre d’années de cotisation pour pouvoir prendre sa retraite à taux plein. C’est logique et mathématique à partir du moment où l’espérance de vie augmente. Cette position a aussi l’avantage d’apparaître responsable et courageuse. C’est une position qui permet des discours valorisants du style : « Je sais, il faut du courage mais je ne serai pas démagogique et je n’ai que du sang et des larmes à vous promettre ». Un propos valorisant et churchillien sur un thème qui, en réalité, n’est plus si explosif que cela. Toutes les enquêtes montrent que les Français sont conscients que pour sauver notre régime de retraite il faudra travailler un peu plus longtemps. Les syndicats savent aussi qu’ils ne sont pas en mesure de rééditer les mobilisations des années 90 sur ce sujet. L’UMP peut d’ailleurs assez efficacement prendre les autres pays européens comme exemple : partout on retarde l’âge du départ en retraite, jusqu’à 67 ans en Espagne, pays dirigé par un socialiste ! Donc à gauche, ils ont plus d’états d’âmes ? Ce débat est politiquement beaucoup plus compliqué pour le PS. D’un coté il doit soigner sa crédibilité en montrant qu’il a bien pris conscience de l’urgence de la situation. Il sait qu’il doit accepter de participer aux négociations que lui offre le gouvernement (même si pour l’instant le gouvernement n’est pas très précis sur les modalités de cette négociation). Et en même temps il y a le symbole de la retraite à 60 ans. Envisager de toucher aux 60 ans c’est un peu, pour le PS, comme si vous proposiez au Vatican une bonne place dans le prochain cortège de la Gay Pride ! Ce n’est pas possible. C’est inenvisageable… alors que dans les faits, la retraite à 60 ans ne veut plus vraiment dire grand-chose. Les socialistes acceptent d’ailleurs, bon gré mal gré que l’on passe de 41ans à 41 ans et demi puis à 42 ans de cotisations puisque l’espérance de vie augmente… mais on ne touche pas à un symbole ! Pensez-vous, une mesure du Mitterrand période rose ! Voila pour l’affichage. Il est politiquement cohérent et il se défend dans une logique de réciprocité parce que de l’autre côté, la droite ne montre pas beaucoup d’empressement pour discuter de la question de la pénibilité qu’il promet toujours d’étudier depuis 1993. Donc cet affichage d’une gauche défenseuse acharnée du droit au départ à la retraite à 60 ans est politiquement logique mais le problème c’est qu’il ne correspond pas du tout à ce que pense (en vrai) bon nombre de responsables socialistes. Quand vous les prenez à part, en privé, sans micro…bref "Off" comme on dit, ils vous disent ce que je ne devrais pas répéter puisque c’est "Off" mais que je m’empresse de répéter parce que –au fond- les "Off" c’est fait pour ça: « bien sur, disent ils, s’arc bouter sur l’âge légal ça ne rime à rien, surtout qu’en toute fin de négociation, si on a vraiment progressé sur la pénibilité et le montant minimum des retraites, on sera bien obligé de bouger sur les 60 ans ». Et donc, voilà, encore une fois, le grand drame de la politique française, c’est le poids des symboles, le poids de la perspective d’une défaite ou d’une victoire politique plus lourd que celui de la satisfaction d’avoir fait une bonne réforme. Si réforme des retraites il y a, qui en sera le bénéficiaire politique ? C’est ce que l’on se demande déjà à l’UMP et au PS puisque notre société politique est imprégnée de la culture d’affrontement et non de celle du contrat. Il faudrait arriver, juste avant une réforme qui nécessite un large assentiment, à décider qu’on ne désignera pas de vainqueur ou de vaincu…je sais, ça fait un peu « si tous les gars du monde »… mais j’assume.

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