**Hier, à Orléans, Nicolas Sarkozy a promis des sanctions pour les responsables du suivi judiciaire et policier de Tony Meilhon, soupçonné d'avoir tué la jeune Laëtitia.Oui soulignons d’abord que, contrairement à ce qu’on laisse entendre, il ne s’agit pas là d’une affaire de récidive de crime sexuel puisque si Tony Meilhon, qui a été maintes fois condamné, ne l’a jamais été pour crime sexuel. Que dit le président : " Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute". Nicolas Sarkozy réutilise cette notion qui lui est propre, celle du « présumé coupable ». Une notion qu’il avait déjà utilisé notamment pour Yvan Colonna en 2006. Soulignons aussi, au passage, que personne n’a « laisser sortir Tony Meilhon ». Il avait tout simplement exécuté toute sa peine. Ceci posé il faut maintenant prendre la mesure de ces déclarations. Si depuis qu’il est élu Nicolas Sarkozy a beaucoup utilisé les faits-divers pour illustrer sa volonté de réforme l’arsenal répressif, c’est la première fois (en tant que président) qu’il vise, lui-même, et non pas par le biais de l’un de ses ministres, et avec tant de force et de sévérité, le monde de la justice. Et c’est aussi la première fois, depuis son élection qu’il stigmatise, à ce point, ses prédécesseurs aveuglés par ce qu’il décrit comme une culture de permissivité ; je cite : "ce qui a fait le plus de mal à la fin du siècle précédent, c'est le slogan: +Il est interdit d'interdire+". En gros, un homme assassine une femme en 2011 et le président de la République (alors qu’il est, grosso-modo en charge de la sécurité du pays depuis 2002) explique que cette femme est morte à cause du soixante-huitard ! C’est à ce point gonflé que l’on comprend que nous sommes vraiment entrés en campagne électorale. Faut suivre, ça va vite… On est passé d’une phase de « présidentialisation », souvenez-vous Nicolas Sarkozy devait prendre de la hauteur, à une phase que l’on pourrait appeler de « candidatisation ». Et visiblement le président n’arrive pas à faire coïncider les deux. Avec des mots, donc, qui ressemblent à ceux de 2007...Oui, Nicolas Sarkozy ressort les thématiques de la dernière campagne. Il fait de la récup, ça se fait beaucoup en ce moment, France 2 refait "Champs-Elysées" et c’est un carton, la mode en déco est au recyclage, même Citroën refait une DS. Nicolas Sarkozy s’y essaie : « il faut liquider l’héritage de 68 qui fabrique des récidivistes », ça sonne très mars-avril 2007. C’est quand même un peu jeune pour que l’on perçoive le charme désuet et naïf des concepts démodés qui redeviennent tendance. C’est comme si en 2002 Jacques Chirac nous avait dit « il y a dans ce pays une fracture sociale », comme en 95, ou comme si François Mitterrand nous avait refait le coup des nationalisations en 1988. Le but, c’est de réinstaller la thématique sécuritaire au cœur du débat. Le bon vieux coup de la décadence. Trier le bon grain sécuritaire, du côté des victimes et du peuple, de l’ivraie : la gauche, les angéliques, les irresponsables, les belles âmes perverties par 68 ! C’est assez étonnant que le président tente encore cette stratégie. Elle avait été déjà ressortie l’été dernier avec le discours de Grenoble. Ça avait raté. La gauche n’était pas monté sur ses grands chevaux, elle avait plutôt réclamé plus de policiers et ce sont les centristes et les catholiques qui avaient été choqués. D’ailleurs, hier, au même moment que le discours sécuritaire du président, l’ensemble des sénateurs centristes refusaient de voter la disposition sur la déchéance de nationalité issue du discours de Grenoble de juillet dernier.**

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