Vous revenez ce matin sur le discours de François Hollande samedi au Mali pour apporter un bémol !

Oui, je pinaille mais j’assume ! Ce voyage et ce discours couronnent des succès militaire, politique et diplomatique évidents. Le discours de Bamako, d’ailleurs, restera. Il consacrait la théorie de ce que François Hollande appelle la « deuxième indépendance du Mali ». Après s’être affranchi de l’emprise coloniale, le Mali s’est libéré avec l’aide de la France, de la menace djihadiste. En évoquant, notamment le rôle des soldats africains dans les guerres françaises du XXème siècle, et la « dette de sang de la France », François Hollande définissait sa doctrine de partenariat avec une Afrique qui doit, elle-même prendre les rênes de son destin. C’est beau et c’est puissant ! Mais voilà le bémol : c’est sans doute un détail politique mais il dit beaucoup sur une tendance lourde de la gouvernance, apparue avec Nicolas Sarkozy et qui, visiblement, n’a pas tout a fait disparu : Le Président a dit : « je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique ». Cette affirmation n’était pas une confidence, ni même la réponse à une question lors de la conférence de presse mais la conclusion d’un discours pourtant de haute volée à un moment historique pour la politique africaine de la France.

Un président ne doit pas faire part de ses états d’âme ?

Il n’y a pas de règle, heureusement, mais c’est vrai qu’en dehors de Nicolas Sarkozy, à qui on a largement reproché de parler de lui à tout bout de champ, aucun autre président n’aurait évoqué ses états d’âme dans un moment comme celui-là. Ce n’est pas qu’une faute de goût ! On a trop souligné les mises en scène autocentrées du prédécesseur de François Hollande pour laisser passer cette phrase peu appropriée à la situation. Henri Guaino, qui fut conseiller spécial de Nicolas Sarkozy expliquait que la perte de crédit de son patron dans l’opinion était aussi due à l’étalage de ses états d’âmes. Il y a une forme d’indécence du pouvoir à confondre le « je » et le « moi » dans l’art de gouverner. Le « je » est légitime et utile. Il souligne la prise de responsabilité et l’autorité déléguée : « J’ai décidé », « je veux », « je ne veux pas » montrent que celui qui est aux commandes en notre nom assume ses actes. Il doit nous dire ce qu’il fait et pourquoi, plutôt que qui il est et ce qu’il ressent. « Je viens de vivre la journée la plus importante de ma vie politique » n’est pas une phrase qui dit « je », c’est une phrase qui dit « moi ». Le « moi » ce n’est pas de la politique c’est du pathos. Alors il faut bien que la politique soit parfois incarnée, nos élus ne sont pas des machines. Mais il y a des moments, des cadres pour ça. Le « je » c’est pour gouverner, le « moi », c’est quand on écrit ses mémoires. La fameuse anaphore « Moi président » de François Hollande était paradoxalement l’affirmation de la nécessité du triomphe du « je » sur le « moi ». D’ailleurs, on peut considérer que François Hollande reste, généralement plutôt sobre et ne montre pas trop ses états d’âme. Mais la conclusion de son discours de Bamako apparaît comme une petite rechute qu’il n’est pas inutile de souligner : alors, avis à notre ex-confrère Claude Sérillon, nouveau conseiller com’ du Président (même s’il s’agit là plus de gouvernance que de communication) espérons qu’il pense à veiller à ce que le MOI ne supplante pas trop le JE.

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