Ce matin vous voulez aider le président !

Oui, c’est mon jour de bonté ! L’aider à comprendre le journalisme. Lors d’un entretien, en fin de semaine dernière, avec quelques confrères, le président, a évoqué son idée d’instaurer une instance professionnelle de régulation du journalisme. Emmanuel Macron, à juste titre, s’inquiète du statut de la vérité dans le débat public. Mais pour y remédier, il dit ‘quil est urgent de rétablir un tiers de confiance’. Le président se plaint que la parole d’un Gilet Jaune (Jojo le Gilet jaune, dit-il) vaille autant que celle d’un ministre. C’est un exemple intéressant parce que la façon dont nous interviewons les uns et les autres (gilets jaunes ou ministres) est le fruit de choix éditoriaux qui varient selon les médias. Le président ou quiconque peut contester les choix éditoriaux mais on ne voit pas comment une instance de régulation pourrait dire à _BFM, LCIou à France Inter_ d’inviter moins de gilets jaunes ou de les interviewer sur un autre ton ? Le statut de la parole d’un gilet jaune, qui témoigne de sa colère ou demande la démission du président, n’est pas de même nature que celle d’un élu mandaté et responsable. D’ailleurs on ne l’interviewe pas de la même façon ! Peut-être que certains  médias ne font pas assez (du point de vue du président, et de beaucoup de monde) la différence et participent ainsi au mortifère ‘tout se vaut’. Mais c’est une politique éditoriale qui appartient aux chaines de télé ou aux radios. Ce ne peut pas être à une instance (un tiers) de déterminer comment et qui doit être interviewé. Les droits d’informer et d’expression sont des droits fondamentaux et l’exaspération des politiques, aussi justifiée soit-elle parfois, n’est pas une raison pour prévoir des instances de régulation contraignantes, sauf pour l’équilibre politique en période électorale. 

Ça ne dispense pas la presse de s’interroger !

Et d’être interrogée ! Elle ne doit pas être intouchable, doit plus réfléchir à son travail, mieux entendre les critiques et se réformer, si elle veut contrecarrer la baisse drastique de sa crédibilité. Mais, du point de vue de la vérité et du mensonge, nous sommes déjà régulés ! Par la justice. Contrairement aux réseaux sociaux, nous n’avons pas le droit de dire des contrevérités factuelles. Nous serions condamnés pour cela! Les journalistes du Figaro et de _l’Humanité_ne sont pas d’accord sur l’interprétation des faits, ils divergeront sur la façon de montrer les mêmes faits... Ils n’auront pas les mêmes angles pour en parler ou ne pas en parler. Mais les journalistes du Figaro et de l’Humanité ne s’accuseront pas de propager des fakes news. Les fausses nouvelles ne sont pas le fait de la presse (ou alors par faute) mais des réseaux sociaux ou de médias comme Russia Today ou Sputnik qui singent la presse pour faire, non pas du journalisme d’opinion, mais de la propagande avec les codes d’expression journalistiques. En s’exprimant comme il l’a fait, le président confond politique éditoriale, vérité et mensonge. Son entourage veut nous rassurer en expliquant qu’il réfléchissait tout haut... Alors nous apportons cette modeste contribution à sa cogitation : ne pas confondre politique éditoriale (critiquable mais ni condamnable ni régulable par un tiers) et mensonge (condamnable tout court).

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