Jacques Chirac enchaîne les cérémonies de voeux depuis dimanche. Hier, le président a reçu les voeux du Conseil constitutionnel. Cet après midi, c'est au tour des parlementaires de venir le voir à l'Elysée. Avec justement, une drôle d'histoire à la clef... Connaissez-vous cette blague de notaire ? "Regardez cette famille comme elle s'entend bien ! Un notaire répond en général : "normal, cette famille n'a pas encore hérité"! Voilà, c'est un petit peu ce qui se passe actuellement autour de Jacques Chirac. On se dispute en ce moment les derniers postes, les dernières faveurs, les dernières distinctions que le président pourrait accorder. Rien d'extravagant à cela, ça se fait à chaque fin de mandat. Mais il se trouve qu'il y a là, une opportunité particulière. La fonction du président du conseil constitutionnel, 5ème personnage de l'état, expirant fin février, il faut lui trouver un remplaçant. Et voilà où commence la drôle d'histoire. Car en coulisses, autour de cette éminente fonction, se disputent deux hommes qui font partie du cercle très restreint de la famille chiraquienne. Pierre Mazeaud, actuel président du conseil, et Jean-Louis Debré, président de l'assemblée nationale, favori à sa succession. Les deux hommes ont en commun une histoire politique et personnelle qui s'entremêle. Pierre Mazeaud, juriste de formation, alpiniste par vocation, il a été le premier français à gravir l'Everest, très lié à Michel Debré, le père de Jean-Louis, a été le répétiteur du fiston pour lui faire passer son bac. Devenu juriste et magistrat à son tour, Jean-Louis Debré a naturellement rejoint son père, et son père spirituel donc, dans la défense sourcilleuse de la constitution de 58. Mais les deux hommes sont surtout parmi les rares visiteurs du dimanche de Jacques Chirac. Estampillés "fidèles absolus", ils passent discrètement par la Grille du coq, l'entrée cachée de l'Elysée, pour retrouver un président en gros pull de laine, regarder avec lui quelques images de combat de sumo à la télé, deviser de tout et de tous, mais surtout évidemment de politique, ils sont quasiment les deux seuls à pouvoir lui dire sans fioriture, ce qui se passe vraiment hors des murs de l'Elysée, à pouvoir lui dire aussi de temps en temps ses 4 vérités. Or voilà que ces deux hommes se déchirent. Pierre Mazeaud ne fait pas mystère qu'il verrait bien un juriste pur jus, Renaud Denoix de Saint Marc, ex conseil d'état pour lui succéder. Laissant entendre que la nomination de Jean-Louis debré serait décidément trop politique. Un comble. Jean-Louis Debré lui, vit mal cette trahison mais laisse dire. Convaincu, que lui, qui n'a jamais rien demandé à Jacques Chirac pourrait enfin en être remercié. Il faut dire que ça mettrait cet anti sarkozyste jusque boutiste à l'abri du besoin pendant 9 ans. Jacques Chirac doit prendre sa décision d'ici fin février, seul et en conscience, elle n'est même pas soumise à approbation du conseil des ministres. Mais la brouille de ses propres amis autour de lui, doit sans aucun doute lui faire ressentir amèrement l'approche de sa fin de règne. Il a même dû bouleverser l'ordre des cérémonies de voeux pour que ces deux là ne se croisent pas. L'un était donc hier à l'Elysée, l'autre le sera cet après-midi.

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