Oui, il s’agit de cette enquête BVA publiée hier dans Le Parisien qui dit que les Français sont les champions du monde du pessimisme. Alors depuis hier, on la commente beaucoup cette étude… Les Français ont peur de l’avenir, leur modèle social protecteur va disparaître, ils en sont sûr… Il n’est plus viable dans un monde interdépendant et hyper compétitif. Ça c’est le tableau général, habituellement dressé quand sont publiées ce genre d’enquêtes où nous figurons toujours en bonne place au fond du trou, champion aussi de la consommation de psychotropes ; nous serions donc pessimistes, de ceux qui, comme disait Oscar Wilde, « entre deux mots, choisissent les deux ». Et c’est vrai que, pour la première fois depuis des générations les parents estiment en majorité que leurs enfants ont toutes les chances de vivre moins bien qu’eux-même. Voila une analyse communément développée et qui s’appuie sur des constats et des chiffres imparables. Mais ce qui est intéressant dans le détail de cette étude c’est la différence entre la perception individuelle et la perception globale. Le micro et le macro. Les Français sont pessimistes pour leur avenir collectif alors qu’ils le sont beaucoup moins pour leur propre avenir. Et là, il n’est pas besoin de convoquer Epicure ou Spinoza… BVA nous le confirme. Il en va chez nous du bonheur et de l’espoir comme de l’intérêt : la somme des intérêts privés ne fait pas l’intérêt collectif. Mais, Thomas, il s’agit d’une chronique politique, pas philosophique !C’est vrai, alors interrogeons-nous sur les causes politiques de cette distorsion. Si les Français finalement sont plus inquiets pour l'ensemble des enfants Français plutôt que pour leurs propres enfants c’est que l’on appréhende mieux les enjeux de sa propre vie que les enjeux globaux, ceux que l’on confie aux politiques. Ce différentiel croissant souligne la responsabilité des politiques qui sont censés représenter les aspirations et les espoirs de la population. Les politiques conquièrent le pouvoir ou tentent de le garder en actionnant trop souvent la peur. La peur sociale pour la gauche, la peur sécuritaire ou identitaire pour la droite. Le trop plein de promesses, les discours volontaristes à l’excès, péremptoire feignant la toute puissance d’un Etat centralisé crée, après des années d’impuissance manifeste, une désillusion collective plus forte chez nous que chez nos voisins. Le fait d’être à la tête du pays le plus collectivement pessimiste au monde est un terrible échec pour Nicolas Sarkozy. Le fait de ne pas susciter un espoir propre à déclencher foi en l’avenir en est un aussi pour l’opposition. Le différentiel entre optimisme privé et pessimiste collectif est aussi forcément le fait de ceux qui donnent à voir la société dans son ensemble. Et là, il s’agit de nous, les médias. Les visions catastrophistes, l’image que l’on donne trop souvent des banlieues violentes comme si elles l’étaient toutes, l’image que l’on donne d’un monde économique forcement âpre aux gains n’est pas faite pour susciter l’optimisme. L’image aussi que l’on donne des politiques. Et là (vous voyez la complexité de la situation) je suis en train de dénoncer ce que je viens juste de faire. Je viens d’accuser « les politiques » de jouer sur les peurs et de surévaluer leur capacité à agir... Je diffuse donc du pessimisme alors que « les politiques», 90% des politiques, sont des élus locaux, de terrain, dont on parle peu et qui sont concrets efficaces et populaires. Finalement c’est sans doute à nous les journalistes que ce sondage devrait poser le plus de questions.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.