Ce matin, vous faites l’éloge du parachutage législatif.

Oui, si l’on considère le rôle réel du parlement, le parachutage législatif n’est pas un problème ; ça peut être même une très bonne chose. Tout simplement parce que le député n’est pas un élu local. C’est un élu de la nation. Il est élu PAR sa circonscription mais pas DE sa circonscription. Il est censé voter les lois et contrôler l’action du gouvernement dans l’intérêt du pays, et pas forcément de celui des habitants de sa seule circonscription. Dans cette logique, un bon député est un député en séance, en commission, qui travaille à la rédaction des lois… pas un député sur les lieux de son élection. Au fond, la question n’est pas de savoir si le député de votre coin connaît tous les fromages du département, se souvient du prénom de la grosse caisse de la fanfare municipale… il y a les sénateurs et les conseillers généraux pour ça… l’important c’est que le député ait assez de compétence et surtout de temps pour lire le budget de la nation et comprendre ce qu’il vote sans suivre de façon moutonnière les avis des experts de son parti. Avec le cumul des mandats, la race des députés-maires a fabriqué des baronnies et des parlementaires « arrondissementiers », comme disait François Mitterrand, absentéistes en séance mais bien ancrés dans leur terroir, accrochés à leurs quartiers, à leur campagne. En milieu de semaine, là, ils sont à Paris…ils sont sur les bancs de l’Assemblée, le mardi et le mercredi après midi, lors des questions au gouvernement, afin que tous les pensionnaires des maisons de retraite de leur département puissent constater qu’ils se préoccupent bien de l’usine du coin en difficulté ou de la rocade de contournement en attente de crédits.

Mais les électeurs sont attachés à l’enracinement de leur député

Oui, un député a plus de chance d’assurer sa réélection en courant les marchés, les foires aux bestiaux ou en se faisant l’assistante sociale de sa circonscription plutôt qu’en passant des nuits à discuter le budget ou à rechercher la vérité sur un scandale public dans le cadre d’une commission d’enquête. Un travail pourtant essentiel mais obscur. C’est aussi à nous, citoyens, de ne pas demander à notre député ce qu’il a obtenu pour notre ville ou notre entreprise, voire pour notre famille, mais plutôt ce qu’il a voté sur les grandes questions nationales. Le parachutage permet à des personnalités diverses, de poids, et de talent d’accéder au parlement. Et puis, il n’y a pas d’usurpation démocratique, le parachutage n’est pas une garantie d’élection. De grand parachutés n’ont même jamais su ouvrir leur ventral : Bernard Kouchner s’est écrasé un peu partout, Philippe Séguin n’a pas réussi à poser le pied à Paris. Jack Lang, lui, devrait avoir la fourragère du RPIMA. Il atterrit toujours. Blois, le Pas-de-Calais… Suspens pour 2012 où on l’annonce aux quatre coins du pays. Il fut d’ailleurs un temps, sous d’autres républiques, où l’on pouvait se présenter dans plusieurs endroits à la fois. L’enracinement importait peu… c’était un honneur d’élire Lamartine ou Clémenceau. On se les disputait à travers la France. Bon c’est vrai, en ce moment, on n’a pas de Lamartine ni de Clémenceau sous la main. L’époque ne s’y prête plus. Même après ce plaidoyer pour le parachutage législatif, on peut concevoir que ça doit faire bizarre de voir planer Claude Guéant au-dessus sa ville. Mais la personnalité d’un parachutiste ne doit pas remettre en cause tout Newton et le principe du parachute.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.