Hier M.Valls et V.Peillon ont présenté leurs programme avec une importante dimension européenne

Oui, en bons socio-démocrates, les 2 candidats ont parlé d’Europe. Mais le problème c’est que leurs propositions ne peuvent pas être prises pour des engagements. Tout simplement parce que leur mise en œuvre ne dépend pas d’eux. Manuel Valls par exemple veut instaurer de lourdes taxes sur les produits importés qui violent les règles environnementales ou sociales de l’Union, un grand plan d’investissement public et privé, un salaire minimum européen, une taxation des multinationales du numérique. Vincent Peillon, lui, veut un New Deal européen : 1000 milliards ! Ces propositions résonneront comme des évidences minimales aux oreilles des électeurs de gauche et bien au-delà en France. Pas à celles d’une majorité de gouvernements européens ! Elles sont un peu comme les promesses d’un collégien-candidat délégué de classe de doubler les récrés ou d’interdire les notes en dessous de 1O ! Mais, en même temps (c’est toute la complexité de cette affaire), un programme de gauche sans propositions de réformes de l’Europe n’aurait pas de sens.

Les candidats vont dire qu’ils iront négocier à Bruxelles et Berlin…

Oui comme l’avaient dit N.Sarkozy et F.Hollande. Et puis rien ! De plus, même si le contexte change, si la stricte orthodoxie budgétaire semble perdre du crédit sur le continent, l’Europe de 2017 n’est pas social-démocrate. Elle est largement conservatrice et libérale. Il est délicat de faire des promesses dont on sait qu’elles seront impossibles à tenir en raison d’un rapport de force continental sur lequel les électeurs français n’ont pas prise. C’est en faisant ce constat que des candidats, comme JL Mélenchon et M.Le Pen (je précise tout de suite, sur la base de valeurs radicalement opposées, bien sûr) proposent de retrouver plus de souveraineté et de mener des politiques volontaristes qui se départiraient de certaines règles européennes. Là encore, ces candidats expliquent que, forts de légitimités populaires toutes fraiches, ils iraient voir nos voisins pour leur expliquer ce qu’ont décidé les Français. Là encore, le rapport de force nous serait défavorable. Ces candidats misent sur un élan populaire de type Brexit qui aurait (estiment-t-ils) une dimension plus importante puisque la France est un pays fondateur de l’Union. Il y aurait donc des décisions unilatérales, après référendum ou pas. Là encore, voilà qui est très hypothétique. On ne peut pas reprocher aux partis politiques de tenter de réformer l’Europe ou même de s’affranchir de ce que l’Union est devenue. Ce que l’on peut regretter, en revanche, c’est qu’aucune grande voix dans les décennies passées n’ait réussi (ou même tenté) de créer des mouvements idéologiques pan européens, d’encourager une citoyenneté européenne. Le siège des élections phares, la vraie zone de légitimité démocratique reste celle des Nations, alors que les solutions à nos problèmes économiques, sécuritaires, écologiques sont de dimension européenne. Il y a là, tout simplement, une impasse démocratique qui nourrit le sentiment d’impuissance publique, aux conséquences politiques insoupçonnées.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.