Vous revenez sur le discours d’Emmanuel Macron lors des vœux à la presse …

Oui, discours au cours duquel il a été question d’un sujet qui peut gangréner nos démocraties : les fake news et la dilution du journalisme professionnel dans l’immense océan d’information que charrie Internet. La masse des faits invérifiables, parfois manipulés, déguisés en journalisme, crée une géographie de l’information dans laquelle la presse réelle perd son rôle central. Emmanuel Macron s’en est longuement ému. Toutes les démocraties voient, en ce moment, surtout en périodes électorales, leur débat potentiellement sapé, fossé par des vérités et des faits dits alternatifs, diffusés par des intérêts malveillants. On pense bien sûr à Russia Today, le site et la télé directement liés au Kremlin. Le président a évoqué un projet de loi en préparation pour exiger la fin de l’anonymat des infos fabriquées et la transparence des plateformes. Il est nécessaire de se défendre sur le front de l’information mais l’idée d’une loi et donc d’une intervention de l’Etat, sans être par principe à rejeter, sera sensible à mettre en œuvre tant il est délicat de trouver une façon de certifier l’information sans risquer de brider l’expression d’opinions variées.

Emmanuel Macron a introduit hier une notion peu connue : la tentation «illibérale »

 Oui, Emmanuel Macron évoque, avec ce mot illibéral, la pente autoritaire (notamment dans le rapport aux médias et aux contrepouvoirs) qu’empruntent, en ce moment, certaines démocraties européennes de l’Est comme la Hongrie, la Pologne et peut-être demain l’Autriche. L’illibéralisme est un mot utilisé en philosophie, notamment par Etienne Balibar, puis par Pierre Rosenvallon dans les années 90. Il a été précisé et introduit dans le débat politique et journalistique en 1997 par le journaliste américain Fareed Zakaria pour désigner justement ces régimes démocratiques, parce qu’ils tirent leur légitimité d’élections réelles, non tronquées, mais qui suppriment tout ce qui fait une démocratie vivante, entre les élections. Victor Orban lui-même qualifie aujourd’hui son mouvement et son pays « d’illibéral » ! Une démocratie dite libérale telle que l’Europe et les Etats-Unis en ont construit après la guerre, c’est une démocratie avec une large liberté de la presse, le respect des libertés individuelles, un contrôle constitutionnel des lois. La pente illibérale peut cependant, plus partiellement, exister à l’ouest aussi, on le voit avec le rapport de Donald Trump à l’information mais aussi, par bribes, en France - et ça Emmanuel Macron ne l’a pas évoqué - avec, par exemple les concessions sécuritaires faites à la police face à la justice dans le cadre de la lutte anti-terroriste. La loi de la majorité ne peut suffire pour établir une démocratie libérale, elle est le seul critère - et même le prétexte - pour la démocratie illibérale. Sans liberté ni pluralisme de la presse, sans possibilité de certification professionnelle d’une information, le règne des fake news et des vérités alternatives nous ferait prendre la pente de la démocratie illibérale. Attendez-vous donc à entendre dans le débat public ces prochains mois ce mot « illibéral ». Attention à ne pas confondre avec anti-libéral qui désigne une opinion économique, pas une forme de gouvernement. 

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