Eric Drouet, arrêté puis libéré...

On l’a tous vue et revue... L’image d’un leader Gilets Jaunes, encadré par des forces de l’ordre casquées et équipées anti-émeutes, engouffré dans une voiture de police sur la place de la Concorde... Il est si facile d’utiliser cette image multi-rediffusée, plus ou moins contextualisée, à des fins de propagande. Eric Drouet qui organise des manifestations sans les déclarer est bien mieux traité, (comme d’ailleurs l’ensemble des Gilets Jaunes sur les ronds-points occupés) que ne le serait n’importe quel syndicaliste CGT, FO ou CFDT qui en ferait la moitié. Ne parlons pas de la façon dont seraient jugés des jeunes des quartiers en pareilles circonstances ! Rappelons que toutes les manifestations de tous les mouvements sociaux, et même (le plus souvent) les mouvements étudiants, se déroulent avec des règles acceptées par tous. 

Les manifestations sont déclarées en préfecture... 

Il y a même des rendez-vous entre le préfet et des responsables des S.O des organisateurs pour définir les contours des défilés. Cela n’empêche pas la colère, parfois même des violences, mais la responsabilité est établie et connue par tous les acteurs du dialogue social quand il tourne au conflit. Si l’on parle d’insurrection aujourd’hui, c’est que les Gilets Jaunes refusent d’en passer par ces règles. A  partir de ce moment-là, il faut qu’ils assument le risque de se faire interpeler et même de se voir empêcher de manifester. Quand ils se font arrêter dans ce cadre (et c’est dans ce cadre qu’Eric Drouet s’est fait interpelé), il est malhonnête de parler d’Etat policier ou de police fasciste. La comparaison avec la Turquie ou la Russie est détestable et manipulatoire. Dans ces pays, pas question même de déclarer une manifestation et être pris par la police veut dire risquer sa liberté ou sa vie. Ce n’est, bien évidemment, pas le cas pour Eric Drouet. La pitoyable ironie de l’histoire c’est que ce sont ceux qui expriment le plus de mansuétude pour les régimes autoritaires (sous l’empire desquels le moindre Drouet serait embastillé depuis longtemps) qui colportent l’idée selon laquelle nous serions désormais un pays totalitaire. LFI fascinée veut faire croire que la Macronie est en train d’écraser la Commune de Paris comme de vulgaires Versaillais. Le RN, vrai bénéficiaire politique de cette période, goûte avec une distance plus prudente le frisson de ce qu’elle voudrait être un nouveau février 1934, une grande vague anti-parlementariste. Les Gilets jaunes ne sont ni communards ni cagoulards. Ils ne sont, non plus, ni libéraux russes, ni laïques turques. Cela ne veut pas dire que le maintien de l’ordre, en France,  est à la hauteur d’une grande démocratie. Cette discipline très complexe dans un Etat de droit  doit sans cesse être réadaptée. Aujourd’hui, par exemple, il paraît évident qu’il faut interdire les flashballs, responsables de graves blessures injustifiées, et dont l’utilisation, au fil de ces semaines, ne respecte plus les critères fixés, comme de nombreux témoignages en attestent. La France n’est pas la Russie, loin de là... Mais pour rester l’Etat de droit et la démocratie libérale qu’elle prétend être, il lui faut aussi se pencher sur ses dérives de l’utilisation de ce que Max Weber appelait la violence légitime.

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