Après les masques manquants, les tests trop longs… maintenant les vaccins trop lents ! Dans ces trois cas, des questions logistiques ou d’organisation, de mauvaises intuitions de départ, ont été déguisées en stratégie réfléchie.

Un temps du moins… le temps pour le gouvernement de donner une inquiétante impression de perte de contrôle. Les masques d’abord… au tout début de la pandémie, on l’a beaucoup dit, des enquêtes journalistiques et parlementaires l’ont clairement établi : la France manquait de masques, elle en avait déstockés des millions périmés sans les remplacer. Quand ils ont été massivement nécessaires, plutôt que d’avouer la pénurie, le gouvernement avait déclaré qu’ils n’étaient pas utiles. 

Mais il serait un peu court de n’y voir qu’une ruse ou un mensonge politique

C’est presqu’un processus de psychologie collective à l’œuvre. Le pouvoir (s’il manque de caractère ou de clairvoyance) a tendance à privilégier les réponses (en y croyant, en plus !) qui correspondent aux armes dont il dispose pour faire face à une situation : pas de masques ? Donc ce n’est pas utile ! C’est un déni de réalité ou le ‘clivage du moi’ diraient les psys. 

Le conseil scientifique, lui-même, développait cette thèse de l’inutilité (et même du danger) des masques ! Quand on a payé cher une location et que l’on arrive devant une maison assez moche… il y a toujours quelques minutes pendant lesquelles on tente de se persuader (et de persuader les autres) que ce n’est pas si laid ! 

Mais ça ne dure pas longtemps. C’est humain… Mais un processus de décision politique moins concentré, moins personnel, donc moins tétanisé par la réaction première de l’opinion, ne devrait pas tomber dans ce travers.

Le même processus était à l’œuvre pour le vaccin ? 

Oui le déni a duré moins longtemps puisque -si je puis dire- l’exécutif a été vacciné par l’affaire des masques. L’idée au départ était de commencer par les EHPAD, le personnel médical et de passer ensuite par les généralistes pour le grand public… et de ne pas recourir aux ‘vaccinodromes’, comme pour la crise du H1N1 qui n’avait pas laissé de bons souvenirs. 

Les lourdeurs administratives engendrées par la méthode choisie -consentement écrit, paperasse à remplir par les médecins- a imposé un calendrier très lent, un départ de gros diesel dont on se demandait s’il prendrait un jour son envol.

C’est là que l’argument adapté à la situation (le fameux clivage du moi) s’est manifesté. La lenteur était (soi-disant) stratégique, une façon de prendre le temps de convaincre les nombreux réticents au vaccin. Voilà ce qu’expliquait encore Olivier Veran en début de semaine dernière. Bronca, incompréhension généralisée ! 

Et Emmanuel Macron a rapidement ordonné de changer de stratégie et de discours. Finalement la France a rattrapé le coup sur les masques, sur les tests… espérons qu’il sera de même sur les vaccins… cette majorité a bien de la chance de faire face à des oppositions si éclatées et polarisées parce que de tels ratés à répétitions, normalement, se payent politiquement bien cher !  

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