Par Jean-François Achilli.

Jean-Marc Ayrault a-t-il réussi son grand oral ?

D’une certaine façon, le contrat est rempli. Le Premier ministre, au fond, n’a surpris personne avec son discours de politique très général. Ce n’était pas du Chaban 69 - année érotique - mais François Hollande est déjà passé par là et nous a déjà promis sa « Nouvelle société normale » pendant la campagne.

Jean-Marc Ayrault s’est donc contenté d’égrener un spectral de promesses électorales - ni plus, ni moins. Texte, aussitôt lu, aussitôt oublié, tous les regards sont braqués ce matin vers l’Elysée et le Conseil des ministres, pour savoir à quelle nouvelle sauce fiscale nous serons assaisonnés.

Reste la personnalité très discrète de ce Premier ministre, qui nous a un peu parlé de lui, visiblement ému de s’adresser à ses pairs « pour la première fois depuis 26 ans », a-t-il dit. Personne ne lui reprochera son style oratoire sans fard. Il ne fallait pas s’attendre à un happening, ou au tribunal des flagrants délires. Même s’il y a eu ce petit clin d’œil final, « la France ce vieux pays, d’un vieux continent », qui serait en fait « un pays neuf, moderne, à la créativité intacte », a déclaré Jean-Marc Ayrault. Mais pourquoi diable cette allusion à Dominique de Villepin…

Le chef du gouvernement, sourire aux lèvres, a su résister au bizutage de la droite, qui l’a chahuté et a fini par se lasser… le discours a quand même duré plus d’une heure et demie. C’est long. Et le fleuve – la Loire, bien sûr, n’est pas sortie de son lit.

Est-ce qu’on en sait plus sur ce qui nous attend ?

Non. Un mot clef est revenu à 22 reprises, au cours des 22 pages de cette déclaration : redressement. En lieu et place de rigueur . « Il n’y aura pas de tournant », a martelé Jean-Marc Ayrault, comme pour éloigner les mauvais augures. Pour le reste, le Premier ministre n’a pas dit grand-chose sur les réductions de dépenses, si ce n’est qu’il s’agira d’un « travail de fond ». Rien non plus sur les effectifs des fonctionnaires, si ce n’est qu’ils seront stables, contrairement à ce que préconise Didier Migaud. Rien sur la reconquête industrielle, si ce n’est le vœu de « repositionner la France au meilleur niveau mondial ». Qui pourrait dire le contraire ? Son obsession, sa priorité, c’est la dette. Son prédécesseur François Fillon ne disait pas le contraire, lui qui avait déclaré, un jour de déprime, en 2007, chez des vignerons à Calvi : « je suis à la tête d’un Etat en faillite »…

Jean-Marc Ayrault réclame du temps. Pas cent jours, a-t-il dit, mais un quinquennat. François Hollande et lui veulent installer le changement dans la durée. Traduction aimable du : ce sera long, et dur. Le problème est que l’horizon dessiné hier s’arrête, au mieux, début 2013. Les Français, confrontés à cette rigueur dont il ne faut pas dire le nom, vont-ils apprendre la patience, et supporter les sacrifices ? C’est une histoire qui démarre.

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