Vous revenez ce matin sur la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen au Parlement européen…

Oui, la patronne du FN est poursuivie pour « provocation à la discrimination et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion ». Marine Le Pen avait comparé les prières de rue à l’occupation allemande. Une outrance qui fleure le racisme maquillé en exigence laïque. Pour autant, fallait-il lever son immunité parlementaire ? C’est un vieux débat sur la différence entre libre parole et responsabilité des actes politiques. Et sur le périmètre acceptable du précepte voltairien bien connu. Daniel Cohn-Bendit, en bon libéral-libertaire, a bien expliqué, hier à ce micro pourquoi il avait voté non à la levée de l’immunité. Mais on pourrait ajouter une autre raison. C’est le fait que le procès risque de valoriser, non pas seulement les propos de Marine Le Pen mais également les propos d’une partie de ceux qui l’attaquent pour des raisons toutes aussi identitaires et faussement laïques. Marine Le Pen s’est d’ailleurs empressée de les citer et ainsi de gonfler artificiellement leur influence. Il s’agit de tous ces groupes qui prétendent lutter contre une islamophobie imaginaire. Il y a, certes, en France une peur de l’islam, une tendance à voir en tout musulman un intégriste potentiel. Seulement les inventeurs du mot « islamophobie » ne mettent pas, sous ce vocable, uniquement les racistes. Ils y mettent aussi les lois contre le voile, l’interdiction des prêches haineux ou les prières de rue. C’est à dire tout ce qui vise à maintenir la religion dans le lit de la laïcité.

Vous parlez du comité de lutte contre l’islamophobie, le CCIF, qui fait partie des associations qui poursuivent Marine Le Pen ?

Oui, par exemple. L’un des chefs du CCIF, Samy Debah peut déclarer, je cite : « Après la purification ethnique au Rwanda et la purification religieuse en Bosnie, voici la purification vestimentaire et intellectuelle en France » . Il parle de la loi sur le voile et du droit à la caricature. Rien à envier à la comparaison –point Godwin- de Marine Le Pen. Voilà à quoi risquent de ressembler les débats autour du procès ! Avec le CCIF, il y a les indigènes de la République (qui sont les idiots utiles de l’intégrisme) ou l’observatoire de l’islamophobie. Ce pourrait être désespérant mais il ne faut pas accorder trop d’importance à ce débat en trompe-l’œil. Il suffit de lire l’interview de Dalil Boubakeur, le président du conseil Français du culte musulman, hier dans Le Parisien ; Boubakeur semble abandonner enfin son discours lénifiant habituel pour promouvoir une vraie citoyenneté musulmane française. Il veut en finir avec les imams autoproclamés, il veut que les apprentis religieux connaissent et acceptent l’histoire du droit et de la laïcité à la française. Et il salue les manifestants du Caire en précisant qu’une société exclusivement religieuse ne favorise pas le vivre ensemble. Marine Le Pen ne veut pas voir cet attachement à la laïcité, ultra majoritaire chez les Français qui sont musulmans. Elle a tout intérêt à favoriser un face à face effrayant entre son mouvement et les hystériques de l’islamophobie. Ces deux pôles ont bien compris qu’en détournant à leur profit, les codes républicains, ils s’offraient un spectacle très avantageux. Voilà pourquoi Marine Le Pen, comme le CCIF, sont ravis de la levée de l’immunité parlementaire.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.