Marc Fauvelle

Faut-il vraiment interdire aux juges de se syndiquer ?

Eh bien d'abord, bravo, chapeau Nicolas Sarkozy ! Qui vient de réussir un formidable tour de passe-passe… Jusqu'à son interview sur TF1, la question posée était celle de son rôle dans la corruption supposée d'un haut magistrat de la Cour de cassation, lui qui martelons-le, est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire. Et pschitt, désormais on ne parle plus que de la couleur politique ou syndicale de la juge qui l'a mise en examen... Abracadabra, la dame a remplacé le monsieur dans le chapeau du prestidigitateur... ce n'est plus l'affaire Sarkozy, espère-t-il, mais l'affaire Thépaut.... Au nom d'un principe édicté par son ancien mentor Charles Pasqua : pour noyer une affaire embarrassante, il suffit de lancer une autre affaire, et s'il le faut, une 3ème affaire dans l'affaire, jusqu'à ce qu'on ait oublié de quoi on parlait au départ. Ce gimmick du sarkozysme, cette attaque en règle des juges, est censé agir comme un écran de fumée... Une fois la première banderille plantée, Nicolas Sarkozy a laissé à ses amis politiques, Henri Guaino et Nadine Morano en tête le soin d'enfoncer les suivantes, en demandant à ce qu'on interdise aux juges de prendre leur carte dans un syndicat. C'était déjà le cas au moment de la mise en examen de Nicolas Sarkozy pour abus de faiblesse dans l'affaire Bettencourt, ou Henri Guaino avait accusé le juge Gentil d'avoir déshonoré la justice... Par un réflexe pavlovien ou berlusconien, il était devenu dans l'esprit et dans la bouche des sarkozystes un juge rouge (lui qui d'ailleurs au passage est plutôt classé à droite). Et les sarkosystes avaient mangé leur chapeau quand ce même juge présumé anti sarkosyste primaire avait fini par prononcer un non-lieu pour Nicolas Sarkozy.

Mais revenons au fond du problème : l'appartenance à un syndicat est-elle –comme l’a dit Henri Guaino hier matin- un danger pour la justice ?

Alors comparons... Un médecin, dont la profession penche disons plutôt à droite, un médecin qui a sa carte dans un syndicat de droite soignera-t-il moins bien un patient de gauche ? Ce serait évidemment une insulte au serment d'Hippocrate que de le penser... Quelle était au fait l'appartenance syndicale, s'ils en avaient une, des policiers qui ont interrogé Nicolas Sarkozy durant sa garde à vue... S'ils appartenaient au syndicat Alliance, le 2ème de la profession, proche de la droite, ont-ils moins bien fait leur travail que s'ils avaient été encartés à gauche ? Là encore, ce serait faire fi de leur professionnalisme, du respect de la procédure, et de leur conscience.

On peut interdire à un juge d'être syndiqué, mais on ne pourra jamais lui interdire, une fois sorti de son bureau, d'avoir des conditions politiques, sociales ou syndicales, d'avoir un avis de citoyen, une opinion, d'aller voter pour qui bon lui semble, l'UMP, le PS ou les Ecologistes. Sans pour autant qu'il se transforme en juge rose, bleu ou vert...

Ce rêve d'une armée de juges « petit pois », de dames et de messieurs le doigt sur la couture du pantalon, aux cerveaux délavés est à la fois, irréaliste, et sans doute dangereux pour notre système judiciaire.... C'est d'ailleurs un homme de droite, qui a connu la condamnation et les juges, qui hier a eu les mots les plus durs pour dénoncer cette tentation... Alain Juppé s'est en pris je le cite « aux responsable politiques » - entre guillemets- qui vilipendent la justice : « responsables politiques », ce sont ses mots, c'est sa façon de dire que la diversion de Nicolas Sarkozy n'était pas digne sans doute, d'un responsable de haut rang qu'il a été et qu'il rêve de redevenir.

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