Emmanuel Macron a prononcé hier le discours étalon, dites-vous, de son quinquennat…

Oui, c’est-à-dire le discours à partir duquel on pourra juger de la réussite ou non, de son passage à l’Elysée. Ce sera un jugement subjectif puisqu’en dehors des réformes institutionnelles précises, le reste dessine un horizon, un état d’esprit qui doit changer dans le pays. Et au fond, c’est ce que nos institutions demandent au président, sous réserve que le 1er ministre nous donne, sa feuille de route beaucoup plus détaillée pour ce début de mandat. Emmanuel Macron dessine une société dite de la confiance plutôt que du cynisme, du contrat plutôt que de la loi. Un discours fait, idéologiquement, d’un alliage d’éléments de la 2ème gauche mendeso-rocardienne et des principes de responsabilité et de liberté plus démocrate-chrétiens. La méthode, elle, est plus gaullienne, avec au bout du processus, s’il y a blocage, possibilité de référendum. Une phrase résume cette pensée qui reste, pour l’instant très théorique, je cite : « pouvoir faire, là où bien souvent les règles entravent au prétexte de protéger ». C’est le cœur du macronisme, autour de l’idée des droits formels contre les droits réels : plus de souplesse, de liberté, d’autonomie… pour plus de dynamisme mais aussi, du coup, plus de risques pour les individus « et en même temps » (ce fameux « et en même temps »), Emmanuel Macron propose plus de protection individualisée, la possibilité d’échouer et de rebondir, par plus de formation, tout au long de la vie. Le discours a rempli son rôle en fixant (que l’on soit d’accord ou non avec ses idées) un horizon. Il reste au 1er ministre le soin de nous prouver que le diable n’est pas dans les détails, comme pour la loi qui intègre des éléments de l’état d’urgence dans le droit commun.

Donc Emmanuel Macron propose plus d’horizontalité mais lui reste jupitérien donc pratique la verticalité… c’est un peu contradictoire non ?

A moins qu’il ne considère que justement, les tenants classiques de l’horizontalité, d’un pouvoir qui fait confiance à la société (Rocard, Mendes, Delors) n’y sont pas parvenu parce qu’ils n’ont pas su ou voulu être paradoxaux en se servant des armes verticales de la Véme pour imposer l’horizontalité ! Tout ce que nous décrit E.Macron, une société de responsabilité, des parlementaires moins nombreux mais plus actifs pour contrôler le gouvernement, une société plus girondine (le mot est important dans la bouche d’un président) en opposition au jacobinisme centralisateur… Ça reste très conceptuel et pour nous prouver la sincérité de sa vision d’une société plus responsable, il va falloir commencer par demander au groupe parlementaire LREM de mieux respecter l’opposition dans la répartition des postes à l’assemblée, par exemple. Son discours annuel sur l’Etat de la France devant le Congrès ne pourra pas faire l’objet d’un échange ou d’un vote à l’assemblée puisque le président, élu au suffrage direct, ne peut être responsable que devant le peuple… Il lui faudra donc trouver le moyen d’être parfois face à des contradicteurs sans quoi la modernisation politique qu’il souhaite sera incomplète et donc insincère. Jupiter peut-il promouvoir l’horizontalité ? C’est un peu le pape qui ferait campagne pour le préservatif (pourquoi pas après tout !), ce serait sans doute très efficace.

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