Cette semaine, le Premier ministre évalue ses ministres.

Et ça nous fait une belle jambe ! Parce que les résultats de ces évaluations, figurez-vous, ne seront pas rendues publiques. Ou en sont les projets de lois, les décrets d’application pour les lois déjà votées ? L’activité du (ou de la) ministre a-t-elle suscité des polémiques nuisibles ? On a quelques idées sur ce qu’Edouard Philippe va dire à certain… Françoise Nyssen, par exemple, va se voir intimer l’ordre de se faire entendre et surtout comprendre. Bon, on nous dit que cette évaluation était une promesse du président, mais puisqu’on n’en saura rien, c’est sans intérêt. En fait, le candidat Macron avait simplement promis que ses ministres seraient de qualité… soit !

Mais si ça n’a pas d’intérêt pourquoi en faire un édito ?

Pour souligner ceci : ce qu’une démocratie adulte attend, ce n’est pas que le Premier ministre s’assure que ses ministres travaillent bien (encore heureux !) ; non, le seul contrôle qui vaille est politique. Et c’est le rôle du parlement au titre de l’article 24 de la constitution qui dit, je cite : "Le parlement vote les lois. Il contrôle l’action du gouvernement. Il évalue les politiques publiques." Le parlement doit contrôler, évaluer, par les questions écrites et orales, mais surtout au moment du projet de loi de finances.

Comme l’exécutif domine l’agenda du parlement, les députés n’auront du pouvoir que par leur capacité d’évaluation des politiques publiques. Et il se trouve que certains parlementaires, notamment de la commission des Finances, commencent à exercer leur pouvoir avec une acuité nouvelle et en prenant beaucoup plus de temps que par le passé. C’est bien plus intéressant que le défilé de ministres à Matignon !

Un groupe de député avec, entre autres, Amélie de Monchalin (LREM), Eric Woerth (LR) et Eric Coquerel (LFI) a décidé de convoquer chaque ministre pour évaluer son utilisation de l’argent public (ils appellent ça le "printemps de l’évaluation"). Les ministres ont été sur le grill ces derniers mois sans que ce soit particulièrement médiatique parce que c’était souvent très technique. Il a, par exemple, été demandé à Florence Parly, la ministre de la Défense, si les crédits d’impôt pour l’industrie de l’armement (très coûteux !) sont vraiment utiles. Elle ne pouvait pas répondre. Elle le fera bientôt et ça nourrira peut-être quelques amendements utiles ! C’est un exemple parmi d’autres.

Ces parlementaires sont en train de mettre au point, avec peu de moyens, des outils de chiffrage des politiques publiques, avec l’aide notamment d’universités, afin que les amendements de chaque groupe politique soient financièrement objectivés. Monchalin, Woerth ou Coquerel ont des buts politiques différents, mais si au moins ils pouvaient alimenter le débat de chiffres communs et si, par là-même, ils pouvaient évaluer, pour de vrai, les projets du gouvernement, la fonction de contrôle de l’exécutif par le parlement serait enfin réelle ! La rénovation de la politique viendra, non pas de la réforme institutionnelle, non pas de l’évaluation opaque des ministres par le chef du gouvernement, mais de la prise de conscience des parlementaires qu’en fait, s’ils le veulent, s’ils le prennent, ils ont du pouvoir.

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